Plus d'un an après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Casher, le projet de loi "Égalité et Citoyenneté" arrive cette semaine en conseil des ministres. Parmi ses objectifs : rétablir de la mixité sociale dans le logement là où elle fait défaut, aux deux bouts de la chaîne sociale. Claire Chaudière nous emmène à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines et à Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val de Marne.

Quartier du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie
Quartier du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie © Radio France / Claire Chaudière

Comme de nombreux quartiers prioritaires, le Val Fourré à Mantes-la-Jolie a connu plusieurs vagues de rénovation urbaine. La plus récente vient de se terminer. Le visage de cette immense cité, l'une des plus grandes ZUP d'Europe dans les années 60, a changé. Tours démolies, bâtiments modernes, mieux isolés, entourés de végétation, piscine Aqualude...

Il reste encore quelques « zones grises » que la police évite et où les trafics perdurent, mais le cœur du quartier est à nouveau agréable à vivre. Et pourtant, martèle Juan-Carlos Végas, chef d'antenne d'IRP, l'un des bailleurs sociaux du secteur, les classes moyennes ne veulent pas habiter ici.

Les seules classes moyennes que nous voyons arriver, ce sont les enfants des locataires, qui ont grandi, travaillent à Paris et veulent revenir s'installer au Val Fourré, redevenu plus attractif. Sinon, les commissions d'attribution le montrent : ce sont principalement des personnes en situation de minima sociaux.

Un travail statistique immeuble par immeuble pour obtenir une cartographie sociale du parc HLM a été amorcé puis stoppé dans les Yvelines. Le projet de loi "Egalité et Citoyenneté" vise notamment à généraliser ce type d'outils, « intéressants » mais qui ne régleront pas le problème pour ce bailleur social. « La mixité, dit-il, ne se décrète pas ». Alors même qu'il y a effectivement urgence, pour Ava et Saïd, rencontrés sur le marché du Val Fourré.

Ici on a les gens les plus pauvres, la plupart sont au RSA. Ça ne tire pas les gens vers le haut. Les jeunes qui étaient avec moi à l'école, aujourd'hui ils traînent, alors qu'ils avaient du potentiel. Mais quand vous venez de Mantes, vous avez peu de chance sur le marché du travail. On a une très mauvaise image.

Politique de peuplement

Parmi les ambitions affichées du projet de loi « Egalité et Citoyenneté » : permettre aux ménages les plus démunis d'habiter dans le parc social de quartiers plus favorisés.

Mais comment voulez-vous qu'un pauvre qui gagne 450 euros aille dans un secteur où les loyers même dans le parc social, sont à 700 euros ? C'est impossible.

Pour cela, le gouvernement propose en quelque sorte de déconnecter le niveau des loyers en HLM, du secteur d'habitation. Tout en accélérant la construction de logements sociaux dans les communes dites "carencées", celles qui ne respectent pas la loi SRU.

Saint-Maur
Saint-Maur © Radio France / Claire Chaudière

Saint-Maur-des-Fossés dans le Val-de-Marne, 7 % de logement sociaux. Le maire Les Républicains Sylvain Berrios qui a récemment signé un contrat de mixité sociale est opposé à tout passage en force de l'Etat sur son territoire et refuse la stigmatisation de sa commune, « qui n'est pas un ghetto de riches ».

Saint-Maur comprend un quartier populaire, mais est aussi « la deuxième ville ayant le plus de foyers payant l'Impôt sur la fortune, après Neuilly ».

Ici, vous voyez, depuis 2012 tout est bloqué. Le terrain a été identifié par l'Etat et un permis de construire a été signé. Mais sans mon accord, pas un mètre carré ne sortira de terre. Il y a de multiples recours possibles.

Des blocages qui persistent malgré les lois existantes

Une loi pour renforcer encore les pouvoirs du préfet sur ces dossiers. "Beaucoup de petites choses assez techniques pour éviter les possibilités de contournement de la loi par les maires les plus opposés au logement social", débloquer ce qui bloque encore, acquiesce Renaud Epstein, sociologue spécialiste de la politique de la ville (maître de conférence en Sciences Politiques à l'Université de Nantes) "mais un texte qui laisse tout de même de côté un pan entier du logement en France", avec des risques d'effets pervers.

Admettons que l’on écarte le débat autour de la pertinence de l’objectif même de mixité sociale, qui est tout de même une véritable question… Tout l’enjeu de la loi, c’est d’équilibrer le parc social, pour faire du logement social partout et pas à trop forte concentration. Avec un quart de pauvres partout. Pourquoi pas ? Mais si on empêche l’accès des classes populaires au logement social des quartiers, elles risquent de se reporter sur le logement privé et les marchands de sommeil !

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