Cinq ans de crise politique ont fait des centaines de morts en Côte d'Ivoire. Combats, répressions de manifestants, massacres interethniques dans l'ouest, le pays a été coupé en deux. Il y a trois ans, un conflit militaire avec la France a entraîné l'évacuation de 8000 ressortissants français. Après un accord en mars entre l'ex rebellion et le président ivoirien Laurent Gbagbo, après le départ aussi de Jacques Chirac de l'Elysée, y a-t-il un changement de situation ? Pour essayer de le savoir, direction Aboisso, dans le sud est du pays, une région superbe assez vallonée, épargnée surtout par les tensions politiques d'Abidjan ces dernières années. C'est là que le minisitre français de la défense, Hervé Morin, est venu inaugurer une école réhabilitée par les forces armées de Côte d'Ivoire et les militaires français. Et là, parmi les discours officiels, il y a eu celui du chef d'état major ivoirien des armées, celui qui dirigeait les opérations sur le terrain en 2004, lorsque deux avions sukkoi sont allés bombarder la base logistique française de Bouaké. 10 morts, 30 blessés graves. Voilà ce que dit aujourd'hui le général Mangou (interview). Hervé Morin, lui, était venu dire que la France n'oublie rien, mais qu'il faut savoir tourner la page. Message donné au nom de Nicolas Sarkozy, message comme celui d'ailleurs du général ivoirien, qui a du mal à convaincre Delphine, parisienne en vacances, née à Aboisso (interview). Le ministre français est reparti rapidement en hélicoptère, le chef d'état major ivoirien, au pas de charge avec ses hommes. Ils n'ont pas vu les enfants d'Aboisso - plus d'une centaine - qui d'un seul coup ont entendu l'une de leurs chansons préférées et se sont tous mis à danser. Leurs parents, eux, ont droit chaque jour, lors du journal télévisé, à une tout autre musique (son). Joli spot de propagande. La presse écrite et la radio sont au diapason. Les journalistes rencontrés sourient quand vous leur parlez des spots de la télévision nationale. Mais sur le fond, ils ont tous envie qu'on arrête de parler des « médias de la haine » quand on évoque la Côte d'Ivoire, que les politiques s'entendent enfin pour une prochaine élection présidentielle déjà reportée par 2 fois, et cela même si le trait doit être grossi. Michel Koffi est l'ancien directeur du service politique du journal "Fraternité matin" (interview). Michel Koffi évoque les opérations de désarmement, le recensement actuel des populations qui avancent très lentement, ou encore, selon nos informations, ce décret signé mais pas appliqué. Il doit permettre aux conjoints étrangers d'ivoiriens ou d'ivoiriennes d'obtenir facilement la nationalité pour ensuite aller voter. Plusieurs centaines de milliers de personnes seraient concernées, de quoi peser très fortement dans un scrutin présidentiel, mais c'est bloqué. Un reportage d'Emmanuel Leclère.

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