Ce jeudi, les Britanniques votent. Et l’enjeu est colossal pour le Premier ministre conservateur. En avance dans les sondages, BoJo compte sur ces législatives anticipées pour avoir la majorité au Parlement et faire sortir le Royaume-Uni de l’UE fin janvier. Mais l'Écosse peut encore faire la différence...

En banlieue de Glasgow, Dave et les autres militants du SNP font campagne contre le Bréxit
En banlieue de Glasgow, Dave et les autres militants du SNP font campagne contre le Bréxit © Radio France / Antoine Giniaux

Brexit or not Brexit ? Boris or not Boris ? Le Premier ministre peut renforcer sa majorité mais il peut aussi y laisser sa chemise. Les Britanniques anti-Brexit se mobilisent pour faire barrage aux conservateurs, notamment en Écosse. Et les indépendantistes pourraient, du coup, faire un score historique et prendre la grande majorité des 59 sièges écossais au Parlement (ils en ont 35 aujourd’hui).

Tractage nocturne avec les indépendantistes écossais

Deux degrés au thermomètre à 19h30. Pas de quoi refroidir l’ardeur des militants indépendantistes. Dans la circonscription de l’Est du Renfrewshire, en grande banlieue de Glasgow, ils ont passé les dernières semaines à sillonner les rues. Lampe de poche à la main, avec la liste des habitants du quartier, il se présente : "Salut, Je m’appelle Dave, je fais partie du SNP, et comme il y a une élection qui arrive, on fait du porte à porte pour trouver des électeurs."

La réponse de Karen est assez représentative de l’électorat, dans cette circonscription qui a voté à 74% contre le Brexit en 2016 : "Moi, je suis plutôt pour les travaillistes, mais je sais qu’ils n’ont aucune chance... Et quand on voit le cafouillage du gouvernement actuel... Au fond, je n’ai plus aucune confiance en ce gouvernement. Du coup je vais voter stratégiquement, pour ne pas laisser les conservateurs revenir au pouvoir". 

Bloquer le Brexit, c’est d’ailleurs le principal argument de campagne de Kirsten Oswald, la candidate indépendantiste. Sur l’un de ses tracts, elle a laissé dépasser une touffe de cheveux de Boris Johnson, avec ce slogan : "Si vous ne décidez pas de votre avenir, on décidera pour vous".

L'une des affiches de campagne de la candidate indépendantiste Kirsten Oswald, avec ce slogan : "Si vous ne décidez pas de votre avenir, on décidera pour vous"…
L'une des affiches de campagne de la candidate indépendantiste Kirsten Oswald, avec ce slogan : "Si vous ne décidez pas de votre avenir, on décidera pour vous"… © Radio France / Antoine Giniaux

"Si vous votez pour le SNP, vous votez pour échapper au Brexit !"

"C’est très clair pour les gens d’ici", explique Kirsten Oswald. "Et c’est une position très confortable pour moi, d’être politiquement étiquetée très pro-Europe. Si on nous entraîne hors de l’Union européenne contre notre gré, je ne pense pas que ce sera bon pour qui que ce soit. Et ce sera un vrai défi, économiquement." 

La question de l’avenir économique de l’Écosse est centrale 

L’est du Renfrewshire compte un peu moins de 2500 entreprises, essentiellement des PME, avec des chefs d’entreprise pris en tenaille : ils ont peur du Brexit, mais l’indépendance de l’Écosse les effraie tout autant.  

"On se retrouverait hors du Royaume-Uni, hors de l’Europe", explique Laura Molloy. "On ne sait pas du tout ce qu’on aurait comme revenus, compte tenu de la volatilité de l’industrie du gaz et du pétrole. Ce serait un moment très inquiétant. On serait plus isolés, avec des impôts susceptibles de fluctuer. Il y aurait beaucoup d’incertitudes."

C’est à ces incertitudes que se raccroche le candidat conservateur. Paul Masterton a 34 ans, une petite permanence sur le bord de la route avec au mur le portrait de l’ancienne Première ministre Theresa May. "Pas eu le temps de le décrocher." Il tente de faire une campagne efficace, même s’il ne partage pas au départ toutes les idées de Boris Johnson.

"Je voulais vraiment qu’on reste dans l’Union européenne. Mais maintenant, ma priorité absolue, c’est de faire barrage aux indépendantistes." 

"Ici, avec ce qui se passe à Édimbourg, on sait déjà ce que c’est d’avoir un gouvernement local indépendantiste qui se concentre uniquement sur l’organisation d’un référendum pour l’indépendance", explique Paul Masterton. "Résultat, l’hôpital pour enfants qui devait ouvrir il y a sept ans n’est toujours pas là et il y a des gros problèmes en matière d’éducation." 

Dans le local de campagne, Jack Wayley, 24 ans emporte un paquet de tracts. Il a rejoint l'équipe pour tenter de convaincre les jeunes de voter conservateur. "Je ne veux pas être bloqué : c’est ça la force du Royaume-Uni, je veux pouvoir aller là où il y a des opportunités." 

"Je veux avoir la possibilité, dans ma vie, d’aller travailler à Londres et à Manchester, et à Liverpool ou à Belfast ou Cardiff." 

Au final, ce sont peut-être le 18-25 ans qui feront la différence dans cette élection. La Scottish assesors association le confirme : le nombre de jeunes inscrits sur les listes électorales est en nette augmentation cette année. 

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