L’Iran fête le 40e anniversaire de la Révolution. Le 11 février 1979, l’ayatollah Khomeini prenait le pouvoir dans le pays. Ce lundi, une manifestation se tient à Téhéran pour célébrer cet anniversaire alors que plus des deux tiers de la population du pays a moins de… 40 ans.

La jeunesse iranienne, ici deux jeunes femmes à Ispahan.
La jeunesse iranienne, ici deux jeunes femmes à Ispahan. © Radio France / Gilles Gallinaro/Franck Mathevon

C’était il y a 40 ans, le 11 février 1979, date de la Révolution iranienne et de l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini. Ce lundi, pour célébrer cet anniversaire, une grande manifestation se tient à Téhéran. Sauf qu’aujourd’hui dans le pays, deux tiers de la population a moins de 40 ans et n’a donc pas connu la naissance du régime actuel. Beaucoup d’entre eux critiquent d’ailleurs la République islamique et ses interdits. Ils cherchent avant tout un emploi stable dans un pays en crise économique.  

Des interdits transgressés

Dans la ville d’Ispahan, à 340 kilomètres au sud de la capitale, on se retrouve souvent le soir à Jolfa, le quartier arménien apprécié pour ses cafés et ses rues piétonnes. À la tombée de la nuit, des groupes d’étudiants se donnent rendez-vous sur une petite place. Parmi eux, Mahdi, 19 ans, sourire moqueur explique que les choses interdites”, il les fait. Il donne un exemple : “On n’a pas le droit de fumer de l’herbe mais ici tous les jeunes le font”. Cet étudiant en urbanisme poursuit : “Ici, on ne fait pas des études pour avoir un travail, on fait des études pour avoir un diplôme et pouvoir trouver une fille pour se marier”.

Le gouvernement, le système en place ne comprennent pas la jeunesse. Il y a un gouffre entre les autorités et ce que les gens attendent

Arash, 31 ans et chômeur, raconte qu’il a sur son téléphone toutes les applications à la mode… et même Tinder, l’application de rencontre. Ça aussi, c’est interdit, mais les jeunes Iraniens contournent facilement les obstacles. Un moyen de tuer le temps, dans un climat morose : “La situation économique est très difficile depuis quelques années. Les jeunes autour de moi n’ont aucun espoir”. Comme beaucoup d’Iraniens, il craint de s’exprimer au micro de France Inter : “En ce moment même je suis en train de vous parler et je ne suis pas à l’aise, je ne peux pas tout dire. Nous n’avons pas la liberté de parler ici, pas du tout” raconte-t-il. 

Arash raconte qu’il a sur son téléphone toutes les applications à la mode et même Tinder, qui sert à faire des rencontres.
Arash raconte qu’il a sur son téléphone toutes les applications à la mode et même Tinder, qui sert à faire des rencontres. © Radio France / Gilles Gallinaro/Franck Mathevon

Leurs parents ont participé à la Révolution en 79

Les parents de ces jeunes Iraniens ont participé pour la plupart à la Révolution de 1979. Aria, 29 ans, a souvent parlé avec son père, militant du régime du Shah à l’époque. “Tout le monde voulait le changement, dit-il. Le Shah était un dictateur. La démocratie, c’est mieux bien sûr, mais ce qu’on a aujourd’hui ce n’est pas non plus la démocratie. La dictature du Shah est devenue celle des mollahs. Nous avons une histoire de 10 000 ans et nous n’avons jamais goûté à la démocratie. Nous aimerions expérimenter cela, vivre ce que vous avez ailleurs dans le monde”.

Plus que des atteintes aux libertés, les jeunes Iraniens parlent de pouvoir d’achat, du manque d’argent. Le rial iranien, la monnaie du pays, s’est effondré depuis le rétablissement des sanctions américaines l’an dernier. 

"On veut la liberté, une vie meilleure"

Nassim, croisée près du bazar d’Ispahan, rigole quand on lui parle du 40e anniversaire de la Révolution. “Si vous demandez à n’importe qui, personne n’est satisfait de la Révolution. Si vous voyez des gens qui célèbrent l’événement ce n’est pas la réalité” dit-elle. “Les gens qui fêtent l’événement sont payés, poursuit-elle, ils travaillent pour le gouvernement. Ce ne sont pas des vraies gens. Sinon, il n’y aurait pas un Iranien dans la rue !

Nassim ne peut pas s’habiller comme elle le souhaite, obligée de porter le voile, de se vêtir de noir.
Nassim ne peut pas s’habiller comme elle le souhaite, obligée de porter le voile, de se vêtir de noir. © Radio France / Gilles Gallinaro/Franck Mathevon

La jeune femme n’a jamais manifesté contre le pouvoir mais dit applaudir ceux qui ont le courage de le faire. “Je pense qu’il y aura un changement. C’est ce que j’espère… Parce que moi, mes amis que vous voyez ici, on ne peut pas accepter de vivre ainsi” poursuit-elle. Nassim ne peut pas s’habiller comme elle le souhaite, obligée de porter le voile, de se vêtir de noir. “On veut la liberté, une vie meilleure. On la mérite et on pense qu’on peut l’obtenir.”  

Ces jeunes urbains n’aspirent pas tous à une nouvelle Révolution mais ils constatent que le fossé se creuse entre leur génération et celle des élites vieillissantes qui contrôlent la République islamique. 

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.