Si les écoles ouvrent de plus en plus leurs portes aux enfants en situation de handicap, les crèches sont encore rares. Reportage dans une crèche du XIVe arrondissement de Paris, où l'inclusion a été pensée dès la conception.

Rares sont encore les crèche, comme cet établissement du XIVe arrondissement à Paris, où l'accueil des enfants handicapés a été réfléchi dès sa conception
Rares sont encore les crèche, comme cet établissement du XIVe arrondissement à Paris, où l'accueil des enfants handicapés a été réfléchi dès sa conception © Radio France / Hélène Chevallier

Assise dans son petit siège bleu, moulé à sa morphologie, Elsa roule dans sa main un bout de pâte à modeler. À ses côtés, quatre autres enfants s'affairent sur la petite table ronde, sous l'œil de Caroline, éducatrice de jeunes enfants. "Les enfants qui savent parler me demandaient 'est-ce que c'est un bébé ?' J'expliquais qu'elle avait une petite maladie qui l'empêchait de faire des choses, et que c'était une enfant comme eux. Que, même si elle ne marchait pas, ce n'était pas un bébé"

La petite fille est atteinte d'un syndrome de Reth. À 4 ans, elle ne parle pas, ne marche pas. Pourtant, elle participe à la plupart des activités de sa section, à savoir "ce qu'elle sait faire, pour ne pas la mettre en difficulté. Elle, elle adore les jeux d'eau, la pataugeoire. Un vrai petit poisson !"

Question d'organisation, pas forcément de budget

La crèche a ouvert ses portes il y a un peu plus de deux ans. L'accueil des enfants en situation de handicap faisait partie du projet dès sa conception. La directrice, Marion Degrand, explique : "Sur 107 enfants inscrits, on a 4 enfants en situation de handicap reconnu et 4 autres qu'on surveille d'un peu plus près, parce qu'on a l'impression qu'il y a quelques troubles du comportement, donc on investigue avec les familles"

Pour autant, l'établissement fonctionne sans personnel ni budget supplémentaire. "Et on le revendique", précise la directrice. "On ne dit pas qu'on a pas besoin de moyens pour faire ces accueils, mais clairement, c'est aussi beaucoup un problème de représentation, ce problème de handicap. Certains enfants nécessitent des moyens financiers et d'autres non. Du coup ça se travaille plus avec l'équipe, en terme de management, de formation, d'écoute, de temps d'analyse, davantage qu'en terme de budget".

Déficit sur la formation

Sur la table à langer, Émilie-Marie, aide socio-éducative, s'occupe de Lazare avec précaution : 

"Ça se passe bien, il faut savoir le comprendre, être à l'écoute, rester calme. Je m'adapte et on est une équipe : quand je ne sais pas, je demande, tout simplement. Et au fur et à mesure, on apprend".  

La formation se fait sur le tas, car le handicap est rarement évoqué dans les cursus, regrette Marion Degrand. "Je suis infirmière de formation initiale et, même de mon temps, il n'y avait pas de formation spécifique au handicap. Y compris pour les éducatrices de jeunes enfants. Il y a seulement des 'temps de sensibilisation', pour l'instant."

"Il y a un déficit au départ sur la formation, un déficit sociétal. Il faudrait qu'on puisse simplement être tous ensemble"

Par manque de formation ou de volonté, de nombreuses crèches refusent d'accueillir des enfants en situation de handicap ou les accueillent mal, les laissant végéter dans les sections des bébés. C'est ce qu'a voulu éviter Doris, la maman de Lazare, dont le petit garçon fait chaque jour une heure et demie de transport pour venir dans cette crèche : "Ici, ils voient le handicap de Lazare comme un challenge : faire en sorte que ça se passe bien, trouver des solutions et chercher. Alors qu'autrement, je ne voyais que des difficultés, un enfant plus compliqué qu'un autre. Et là je sens que c'est vu comme quelque chose d'intéressant".

Motivante pour les équipes, l'intégration des enfants en situation de handicap est aussi, pour Tiphaine, maman d'Elsa, une richesse pour les autres enfants. "Ces enfants qui grandissent ensemble créeront une société demain, n'auront pas peur les uns des autres, ils s'entraideront. Parce que ce qui est magique, là, c'est que les enfants - alors qu'on ne leur dit rien - prennent tout de suite soin de ma petite. Ils sentent qu'elle a quelque chose de différent et ils arrivent, la caressent, font attention".

La crèche pour Elsa, c'est une période bénie, reconnait Tiphaine. Elle sait déjà que sa fille ne pourra pas être scolarisée en maternelle, et redoute déjà son arrivée dans un établissement spécialisé.

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