Des recrutements en chute libre, des salaires plus faibles : l'entrée sur le marché du travail des jeunes diplômés est compliquée par les effets de la pandémie de Covid-19. Les primes à l'embauche promises par le gouvernement changent-elles la donne ? Et quels stigmates ensuite sur la carrière de ces jeunes ?

A La Défense, des jeunes diplômés participent à un atelier d'aide à la recherche d'emploi de l'Apec
A La Défense, des jeunes diplômés participent à un atelier d'aide à la recherche d'emploi de l'Apec © Radio France / Hélène Fily

Une fois n'est pas coutume. Dans l'immense tour Ariane de la Défense, l'APEC, l'agence pour l'emploi des cadres, a organisé son atelier en présentiel. Ils sont 10 jeunes diplômés, autour d’une table en U. Et c’est Nafissa Hadji, formatrice à l’APEC, psycho-sociologue, qui les accueille. "C’est un atelier axé sur les fondamentaux de la recherche d’emploi. La période est difficile mais il y a des entreprises qui recrutent", promet-elle d’entrée. 

Son premier but, c’est de remotiver des jeunes dépassés et parfois résignés face au nombre de refus reçus ces derniers mois, ou même l'absence de retour. "Le pire, ce sont ces mails automatiques, ils commencent bien et puis on est douché", se désole Julio, qui est retourné vivre chez ses parents en attendant de trouver un emploi. Il raconte qu’il a obtenu son diplôme il y a un an déjà, mais qu’il a pris un peu de temps pour lui avant de commencer ses recherches. 

"Quand je m’y suis mis, la Covid est arrivée. J’avais un entretien d’embauche le premier jour du confinement. Il a été reporté et finalement, ça ne s’est jamais fait. J’en suis à 80 candidatures aujourd’hui."

Des ateliers pour rompre la solitude

L’APEC s’est donnée pour mission d’accompagner 50 000 jeunes diplômés cette année, deux fois et demi plus que d’habitude. Ce matin-là, il y avait le 25 000e parmi eux. Le président de l’APEC, Gilles Gateau, était là pour marquer le moment. "La période est particulièrement pénible et difficile", reconnaît-il. "Il y a quelques années, les entreprises couraient après les promotions de diplômés(...). Cette situation-là a complètement changé en quelques mois et il faut s'adapter." 

Ce qui a le plus surpris Noua, titulaire d’un master en droit de la protection sociale d’entreprise, c’est que même son alternance ne lui a pas permis de décrocher un travail plus vite. 

"Je me disais que j’étais déjà dans le monde du travail, que tout se passerait bien. Et puis on se retrouve sans rien, en octobre, avec son petit papier, son diplôme, le graal qu’on a enfin obtenu et on ne sait pas comment faire."

Narimène, elle, redoute de devoir revoir ses exigences à la baisse, de devoir accepter ce qu’elle trouve même si elle espérait mieux. À 24 ans, elle est titulaire d’un master en ressources humaines, et vit avec ses sœurs étudiantes. "J’ai de la chance, je ne suis pas seule". 

C’est bien cette solitude qui pèse le plus et que les ateliers de l’APEC arrivent à rompre. "On a des groupes plus optimistes que d’autres", remarque Nafissa Hadji. "Mais quand ils sont ensemble dans le collectif, ils se disent tout de suite, ok, on n’est pas tous seuls. Et quand ils prennent conscience de cela, ça les rassure." 

La formatrice les alerte aussi sur les dispositifs censés les aider, les primes à l’embauche promises par le gouvernement dans le cadre du plan "1 jeune, 1 solution" notamment. "Je leur conseille de mettre directement sur leur CV, 'éligible à la prime moins de 26 ans', et oui, carrément !", sourit celle qui, en quatre heures, a reboosté tout le monde. Elle les rappellera, individuellement dans quelques jours pour suivre leurs recherches. 

Selon la Dares, en 2020, les embauches de jeunes de moins de 26 ans ont reculé de 14% par rapport à 2019. 

Une génération Covid au début de carrière heurté, y compris pour les plus diplômés. Pour atténuer le choc, le gouvernement a mis en place des aides : 4 000 euros pour l’embauche d’un jeune de moins de 26 ans d'ici janvier ; 5 000 euros pour un apprenti mineur et 8 000 pour un apprenti majeur. Selon le ministère du Travail, 350 000 demandes d’aide avaient été reçues début janvier.

Parmi les chefs d’entreprise à se saisir de ces dispositifs, Tanneguy Simon, gérant de la société ETS protection, spécialisée dans l’installation de systèmes de sécurité pour les entreprises, 9 salariés. La prime à l’embauche l’a incité à embaucher deux personnes au lieu d’une, ce qui était initialement prévu. 

"J’ai conscience de la difficulté des jeunes. Si l’on peut participer à cet effort-là on le fera, mais on ne va pas le faire aveuglément. Il ne faut pas se leurrer, prime ou pas, on va recruter les gens dont on a besoin."

Et si le plan "1 jeune, 1 solution" a un impact sur le recrutement, en aura-t-il sur le reste ? Les diplômés de 2020 se préparent à devoir faire des concessions, attendre plus longtemps le CDI, accepter des salaires plus bas. "On peut craindre qu’il y ait des effets de sentiers", confirme Vanessa Di Palo, économiste, spécialiste des questions d'insertion des jeunes sur le marché du travail. "C’est-à-dire que ces jeunes, qui vont débuter leurs carrières avec plus de précarité contractuelle, plus de précarité salariale, voient des traces, un peu comme des stigmates, qui vont rester dans leur premières années de vie active." 

Les chercheurs l’ont déjà constaté dans les précédentes crises, notamment celle de 2008. Selon le Cereq, le centre d’études et de recherche sur les qualifications, 13% des diplômés 2010 – donc juste au sortir de crise – avaient encore, sept ans plus tard une trajectoire dominée par le chômage. 

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