Alors que la question du mal-logement s’invite dans le débat politique, France Inter ouvre ce matin dans « Reporter » le dossier des travailleurs pauvres. Ces hommes et ces femmes qui ont un emploi mais vivent dans la précarité. Selon les statistiques, ces travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux. Selon l’INSEE, 7 millions de personnes vivent aujourd’hui avec moins de 722 euros par mois - ce qui correspond en gros au seuil de pauvreté. 12 millions avec moins de 843 euros. 3 SDF sur 10 ont aujourd’hui un emploi. Le plus souvent précaire ou à temps partiel. Cette réalité ne tombe pas du ciel. En 10 ans, l’intérim a augmenté de 130%, les CDD de 60%, alors que les CDI n’ont progressé que de 2 % ! Jacques a 56 ans. Titulaire de 3 CAP, il a toujours travaillé mais toujours en intérim - avec la rue jamais très loin (interview). Aujourd’hui, Jacques a trouvé un emploi -1100 euros net par mois- dans une entreprise chargée de remettre en état du matériel informatique, à Noisy-le-Grand. Son responsable, David Reynié, est membre d’ATD-Quart-Monde. Il essaie de réinserer les plus démunis, tout en constatant les limites du système (interview). Ces travailleurs pauvres sont-ils plus « visibles » qu’avant dans les centres d’hébergements ? Incontestablement - comme en témoigne Michel Berjon, le responsable d’un centre d’hébergement Emmaüs dans le 14ème arrondissement de Paris (interview). Même les CDI ne sont pas à l’abri comme Alassane, 37 ans, chauffeur-livreur à Rungis, qui dort parfois dans son camion frigo. Divorcé, 1 enfant, il est arrivé ici il y a un mois. Et se lève très tôt le matin pour aller travailler (interview). Des CDI, mais aussi des professions à priori épargnées par la précarité. Alain en est le parfait exemple. Cet architecte surdiplomé d’origine malgache a gagné par le passé des sommes considérables. Il s’est retrouvé à la rue après une succession de revers : faillite de son cabinet, divorce, graves problèmes de santé. Il est actuellement en CDD pour 3 mois. Et a beaucoup de mal à accepter son hébergement en foyer (interview). Cette réalité sociale inquiète de plus en plus les Français. Un sondage paru en décembre dernier pour l’association Emmaüs montre qu’1 français sur 2 craint aujourd’hui de se retrouver SDF !! Le journaliste Jacques Cotta a longuement enquêté dans un livre paru aux éditions Fayard - « 7 millions de travailleurs pauvres. La face cachée des temps modernes ». Il explique que cette précarité est la conséquence de politiques économiques menées à droite, comme à gauche (interview). Un dossier de Benoît Collombat.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.