Au Kenya, un tiers de la mortalité est due aujourd'hui à ce qu'on appelle les maladies non-transmissibles chroniques. Pour réagir, des initiatives voient le jour : Valérie Cantié s'est rendue au centre cœurcancer de Nairobi. Un centre high tech financé en partie par la France dans la capitale kenyane.

Le centre cœur cancer de Nairobi a ouvert il y a moins d'un an à l'Hôpital universitaire Aga Khan : 59 lits, environ 3.500 patients traités à ce jour et du matériel de pointe : radiothérapie, chimiothérapie, échographie, chirurgie cardiaque...Jane Morioki est infirmière aux soins intensifs et elle est très fière de travailler dans cet établissement.

J'ai travaillé dans le public mais je n'étais pas épanouie. On n'avait pas grand chose. Je voulais trouver un endroit où je pouvais pratiquer ce que j'avais appris à l'école. ici on a tout l'équipement.

Centre coeur cancer de Nairobi
Centre coeur cancer de Nairobi © Aga Khan University Hospital

Le centre cœur cancer est financé en grande partie grâce à un prêt de l'Agence française de développement : 27 millions d'euros sur 20 ans.Le coût des traitements dans ce centre reste très élevé, mais les plus pauvres payent en fonction de leurs revenus grace à un programme de soutien financier : 2.000 patients ont bénéficié de cette aide à ce jour. Comme James, 60 ans. Il n'a eu à payer que 20% de ses frais de traitements.

Le médecin m'a dit d'aller faire la chimiothérapie à Nairobi. Je ne savais pas ce qu'était la chimiothérapie et je n'avais pas d'argent. Al'hopital on m'a dit qu'on pouvait avoir une couverture médicale. Ils m'ont demandé à hauteur de combien je pouvais participer. Ils réclamaient 10.000 euros en tout! J'ai consulté ma famille, on a fait une collecte, on a réuni 2.000 euros, je les ai donnés à l'hôpital et depuis je suis soigné ici.

A quelques kilomètres de l'hôpital high-tech, un marché improvisé dans un bidonville de Nairobi
A quelques kilomètres de l'hôpital high-tech, un marché improvisé dans un bidonville de Nairobi © Radio France / Valérie Cantié

L'objectif du centre est également d'attirer les riches patients qui habituellement partent en occident se faire soigner, mais aussi de retenir les médecins kenyans qui trop souvent s'exilent aux Etats-Unis. Exemple avec le docteur Harun Otieno, chirurgien cardiaque parti au Texas. Il est revenu travailler dans son Kenya natal 10 ans plus tard, même s'il gagne moitié moins qu'aux Etat-Unis.

Je ne suis pas revenu pour le salaire ! Le plus important c'est que la population kenyane profite des interventions cardio-vasculaires de pointe. J'ai quitté le pays en 1999. Le système, les structures, la politique rendaient très difficile la pratique de ce métier et il n'y avait pas de formation. Mais petit à petit j'ai vu les progrés et maintenant je travaille ici avec les mêmes machines qu'au Texas. Donc ça a été facile de s'adapter. On a d'énormes besoins donc si des medecins qualifiés veulent venir faire la différence en revenant au pays, c'est possible alors que je croyais moi-même que c'était impossible !

Le docteur Otieno opère des patients de plus en plus jeunes avec des artères bouchées, car les modes de vie ont changé au Kénya, les maladies aussi. Exemple, le tabac. En 2001, 13% des jeunes de 13 à 15 ans fumaient et le ratio était d'une fille pour 10 garçons. Mais en 2007, on est passés à 18% et le ratio était d'une fille pour un garçon.

Joyce Nato, qui travaille à l'OMS au Kenya, nous détaille un autre exemple, celui de la nourriture.

Aujourd'hui, si vous emmenez votre enfant au fast food, vous êtes les meilleurs parents qui soient. Mais si vous leur servez le plat local à base de maïs et de haricots, ils estiment que c'est la nourriture du pauvre. Et voilà comment aujourd'hui ces maladies augmentent.

Les maladies chroniques sont devenues un véritable enjeu de santé publique et viennent s'ajouter aux maladies infectieuses (VIH, tuberculose et malaria...). C'est le cas sur l'ensemble du continent. La fondation Aga Khan a des projets d'extension du centre coeur cancer dans toute l'Afrique de l'Est : au Burundi, en Ouganda et en Tanzanie.

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