Avec la fermeture de la route balkanique et la saison estivale qui facilite les traversées, l’Italie fait face à des débarquements massifs de migrants africains.

L’Italie de nouveau sous pression migratoire
L’Italie de nouveau sous pression migratoire © Maxppp / Andrea Di Grazia

Et le système d’accueil est au bord de la saturation. En Sicile, c’est un flux continu de migrants qui arrivent sur l’Ile. Avec les beaux jours les passeurs hésitent encore moins à faire partir en mer des embarcations surchargées. Chaque jour, dans le canal de Sicile les garde-côtes italiens et la marine militaire secourent de nouveaux migrants essentiellement africains. Le Maire de Pozzallo, l'un des grands ports de Sicile, vit son troisième été successif de surchauffe. Luigi Ammatuna : « Voir chaque jour ces personnes débarquer, ces corps brûlés par le soleil, ces femmes enceintes, ces bébés, ces jeunes sans parents, je ne m’habitue pas. »

Les Maires de Sicile ont en charge en particulier la sécurité des mineurs isolés. On les voit en ce mois de juillet déambuler par groupes sur le bord de mer aux côtés des touristes qui profitent du soleil sicilien. Ces mineurs sont pour la plupart de nationalité égyptienne : « Nos parents sont restés au pays ! Nous, on a pris la mer en Egypte, à Alexandrie. On a passé 8 jours en mer. On a eu beaucoup de problèmes, on nous a frappé et menacé avec des armes. »

Les migrants qui ont posé le pied en Sicile se perçoivent comme des miraculés. Tous n’arrivent pas à destination. Sur le port de Pozzallo en marge d’un débarquement, nous avons croisé un homme égyptien. Une valise à la main. Il va de port en port à la recherche de son neveu : « Mon neveu s’appelle Sultan, il a 20 ans. Je sais que son bateau s’est renversé en mer il y a un mois. Je ne sais pas s’il a été secouru. Je fais le tour des ports, je ne le trouve pas. »

Ces six derniers mois près de 3 000 personnes se sont noyées en Méditerranée, le semestre le plus meurtrier jamais enregistré selon l’Organisation internationale pour les migrations. Les places en centres d’accueil sont devenues insuffisantes. Le gouvernement italien lance des appels d’offre pour construire de nouvelles structures. En Sicile, le plus grand centre pour demandeurs d’asile celui de MINEO est surchargé. La capacité maximum est de 2000 lits mais ils sont beaucoup plus nombreux à l’intérieur nous raconte Mohamed, migrant de Sierra Leone : « Nous sommes en moyenne 3 000 personnes à Mineo. C’est intenable. On ne peut pas rester longtemps dans ce centre. Moi j’ai décidé de rester en attendant la réponse à ma demande d’asile. Beaucoup partent quand ils reçoivent une réponse négative. Ils essaient de poursuivre la route en Italie ou de rejoindre d’autres pays en Europe »

Ce qui a changé ces derniers mois c’est que sur leur route, les migrants trouvent des frontières de plus en plus opaques. Ils sont donc contraints de rester en Italie. Le pays héberge en ce moment 130 000 demandeurs d’asile. Une progression de 30% en 6 mois. Une situation préoccupante admet le Ministère de l’Intérieur. Mario Morcone, chef du Bureau Immigration : « Je suis malgré tout très fier de mon pays qui en dépit des difficultés remplit son devoir avec beaucoup de dignité et il n’est pas question que nous revenions sur cette politique. » Depuis le début de l’année, 71 000 migrants sont arrivés en Italie. Ni plus ni moins que l’année passée. Mais l’été 2016 s’annonce déjà comme un été record et les Italiens commencent à douter de la capacité de leur pays à gérer à long terme cette crise migratoire qui n'en finit pas.

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