La planète se dérègle face au changement climatique, et l'agriculture fait partie des premières victimes. Pour y faire face, des scientifiques de l'Inra, l'institut national de recherche agronomique, tentent de trouver des solutions depuis leurs laboratoires de recherche.

La parcelle expérimentale de l'Inra, à Crouël, près de Clermont-Ferrand
La parcelle expérimentale de l'Inra, à Crouël, près de Clermont-Ferrand © Radio France / Lisa Guyenne

Nous sommes à Crouël, à la sortie de l'agglomération de Clermont-Ferrand. Au bord de la route, un petit champ de blé, entouré de coquelicots. C'est la parcelle expérimentale de l'Inra. "Là, vous avez vraiment un exemple dramatique du changement climatique", explique François-Xavier Oury, ingénieur de recherche, en désignant une rangée de blés. "Ces plantes jaunes et naines, elles sont atteintes de viroses (maladies virales), et ça arrive depuis que l'on n'a plus d'hivers." À cause des températures de plus en plus clémentes, les parasites se développent plus facilement. "C'est quelque chose de plus en plus fréquent, et contre lequel on peut difficilement lutter."

"On perd 10 % du rendement mondial à cause du phénomène de verse"

Victimes de maladies à cause du réchauffement climatique, les blés sont aussi soumis aux aléas météorologiques. C'est le chantier principal sur lequel travaillent les ingénieurs de l'Inra ces dernières années. "À l'heure actuelle, on perd environ 10 % du rendement mondial à cause du phénomène de verse", indique Bruno Moulia, directeur de l'unité "Physique et Physiologie Intégratives de l'Arbre", qui regroupe une cinquantaine de chercheurs à Clermont-Ferrand. "Le vent fait parfois tomber les blés, c'est ce qu'on appelle la verse, "se déverser". Et quand les blés sont couchés, c'est là qu'on a des pertes."

Les prévisions des spécialistes indiquent que l'on aura de plus en plus de tempêtes

Sauf que ces orages, tout comme la fin des hivers, sont des phénomènes de plus en plus fréquents. "Les prévisions des spécialistes indiquent que l'on aura de plus en plus de tempêtes", affirme Bruno Moulia. Et alors que le blé reste la première céréale produite en France, ces dérèglements climatiques représentent un véritable danger pour l'avenir des 200 000 exploitations de l'hexagone. "Pour les blés, mais aussi d'autres céréales comme le maïs par exemple, les orages plus fréquents vont fragiliser les cultures", explique Annaïg Bouguennec, ingénieure de recherche elle aussi à Clermont-Ferrand. "C'est prévu dans les évolutions du changement climatique : les précipitations vont tomber d'un coup, par épisodes violents, et ça risque de faire ployer les tiges."

Le champ expérimental de l'Inra, à Crouël, où sont élevées plusieurs variétés de blés soumises à différentes contraintes.
Le champ expérimental de l'Inra, à Crouël, où sont élevées plusieurs variétés de blés soumises à différentes contraintes. © Radio France / Lisa Guyenne

"On cherche des plantes capables de se redresser après une tempête"

L'enjeu est donc de trouver des plantes capables de résister à ces tempêtes de plus en plus violentes. Pour cela, "on cherche des plantes capables de se redresser le plus efficacement possible après une tempête", détaille Bruno Moulia. On appelle cela la résilience des plantes, la même signification que chez l'être humain. "On veut que les plantes se couchent, laissent passer le vent, puis une fois le vent passé, qu'elles se redressent. Et là, l'agriculteur peut les récolter."

Juste en face du champ de blé, direction le laboratoire, de l'autre côté de la route départementale. C'est ici, dans des salles obscures équipées de technologies dernier cri, que les chercheurs travaillent sur la proprioception, une faculté des plantes découverte il y a moins de dix ans. "La proprioception, c'est le sens, la perception, de la forme propre. Un tronc d'arbre, par exemple, va "savoir" si il est droit ou s'il est courbé", décrypte Bruno Moulia. Ce sens, mis en évidence en 2013, est alors une "découverte absolue". Aujourd'hui, les scientifiques essaient de préciser les mécanismes de la proprioception, et de trouver les applications possibles - comme par exemple, isoler les plantes qui utilisent le mieux ce sens pour résister au vent.

Une expérience sur la proprioception des plantes : elles sont placées en rotation à l'horizontale, pour "troubler" leur sens de la gravité et voir si elles arrivent malgré tout à pousser droites
Une expérience sur la proprioception des plantes : elles sont placées en rotation à l'horizontale, pour "troubler" leur sens de la gravité et voir si elles arrivent malgré tout à pousser droites © Radio France / Lisa Guyenne

De retour sur le champ expérimental, François-Xavier Oury nous montre un cas pratique. "J'ai agrafé une rangée de blés au sol, pour les coucher à l'horizontale. Et en moins d'une semaine, elle se redresse ! Maintenant, on essaie de voir s'il y a des génotypes, des variétés, qui se redressent plus vite que d'autres."

Reste encore à tester cette expérience à grande échelle, "parce que là, ça reste une manipulation expérimentale", tempère François-Xavier Oury. "Je travaille six génotypes cette année, quarante l'année dernière... Mais il y en a des milliers à tester ! Donc si cette voie est intéressante, il faut voir comment la tester sur de grands effectifs." D'ici à connaître la variété miracle de blé qui saura faire face aux orages et aux tempêtes, il faudra encore quelques années de recherche. Mais il va falloir faire vite : le réchauffement climatique, lui, n'attendra pas.

Ce laboratoire à ciel ouvert permettra peut-être de donner, d'ici quelques années, des clés aux agriculteurs qui devront faire face au changement climatique.
Ce laboratoire à ciel ouvert permettra peut-être de donner, d'ici quelques années, des clés aux agriculteurs qui devront faire face au changement climatique. © Radio France / Lisa Guyenne
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