Devant le centre de rétention de l'île de Lesbos.
Devant le centre de rétention de l'île de Lesbos. © Radio France / Sandy Dauphin

À l'image de Lampedusa en Italie, l'île grecque de Lesbos est complètement débordée par l'afflux de migrants. Plus de 48.000 arrivées depuis le début de l'année, une augmentation "spectaculaire", selon le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies.

En face de la Turquie, au large de la mer Égée, des centaines de personnes débarquent chaque jour, en majorité des Syriens fuyant la guerre. Les îles de Chios et de Kos sont elles aussi concernées par ces arrivées massives.

Scène ordinaire à Lesbos : au petit matin, sur la plage, un zodiac vide à moitié dégonflé et une pile de gilets de sauvetage. Les migrants arrivent chaque nuit depuis la Turquie, distante d'à peine dix kilomètres, sur cette partie de l'île. Comme ce groupe d'une soixantaine d'Afghans et de Pakistanais croisé à la sortie de Molivos, une station balnéaire du nord de Lesbos. À peine arrivé, l'un d'eux témoigne :

C'était dangereux mais on a accepté le risque.

Au mois de mai, 8.000 migrants ont été recensés par les gardes-côtes, contre un millier en février. Les passeurs sont "rodés", explique le lieutenant Heleni Calmaly :

Ces derniers temps, des passeurs ont été condamnés à de lourdes peines, comme le prévoit la loi en Grèce. C'est pourquoi, maintenant, les passeurs changent de technique. Ils préfèrent ne plus monter à bord. Ils donnent des indications aux migrants qui conduisent eux-mêmes les barques.

La route maritime est devenue la principale porte d'entrée en Grèce pour les migrants depuis la fermeture de sa frontière terrestre avec la Turquie. Un mur a en effet été érigé le long du fleuve Evros il y a deux ans.

Une fois arrivés à Lesbos, que deviennent ces migrants ?

Le centre de rétention de Moria est un passage obligé. Au programme : identification et inscription des empreintes digitales dans le fichier européen Eurodac. Mais le centre est surpeuplé avec ses 600 occupants. Des centaines d'autres migrants attendent donc dehors devant le grillage surplombé de barbelés.

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Autour, dans la colline d'oliviers jonchée de détritus, des familles dorment par terre, dans des conditions sanitaires épouvantables. À notre arrivée, un groupe de Syriens nous interpelle :

Nous sommes ici depuis quatre jours, nous sommes très fatigués. Nous avons des enfants et des personnes âgées avec nous. Il n'y a pas d'eau, pas de nourriture. La police ne nous répond pas. Nous fuyons la guerre, nous voulons juste vivre !

Peu d'ONG sont présentes, à part Médecins du Monde. Son responsable, Yorgos Bakas, explique que l'équipe se résume à deux docteurs, deux infirmiers et un psychologue pour l'ensemble du camp.

La situation est dramatique. On vit une crise humanitaire à Lesbos. Tout le monde est au courant, les ministères et les responsables des différentes administrations, mais personne ne bouge.

Comment réagissent les autorités locales ?

Dans son bureau avec vue sur le port de Mytilène, le maire de Lesbos enchaîne les interviews avec des journalistes venus de toute l'Europe. Spiros Galinos affirme avoir un plan : l'ouverture d'ici la fin du mois de plusieurs campings.

Je veux vous dire que la Grèce, et surtout Lesbos, se retrouvent presque seuls à gérer un énorme problème européen. Mais je pense que nous allons le résoudre en ouvrant cinq espaces d'accueil. De là, les migrants se déplaceront avec des véhicules de la mairie vers le centre de rétention de Moria. Il n'y aura bientôt plus cette impression de confusion, et cela renverra une meilleure image de Lesbos et de l'Union européenne que nous représentons aux yeux de ces gens !

Pendant ce temps, sur le port de Mytilène, à quelques pas des terrasses de café bondées, des dizaines de migrants s'apprêtent à passer la nuit autour de la capitainerie. Pour la plupart, Lesbos n'est qu'une escale. Mohammed, un comptable syrien arrivé depuis quelques heures, n'a qu'une idée en tête : aller en Allemagne.

Nous ne voulons pas rester ici. Nous voulons aller dans un pays pour trouver du travail, fonder une famille, vivre en paix... Nous ne sommes pas des fainéants. On veut juste une vie meilleure. Nous partirons d'ici dès que possible. En plus, on sait qu'il y a une crise économique dans ce pays. On ne veut pas leur causer d'ennuis.

Pour pouvoir quitter l'île, Mohammed sait qu'il doit obtenir une autorisation provisoire de séjour en Grèce délivrée au centre de rétention de Moria. Chaque soir, des centaines de migrants munis de ce précieux sésame se hâtent vers le ferry à destination d'Athènes.

Voir : le reportage en vidéo

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