On a beaucoup entendu parler ces derniers temps de la solitude des personnes âgées placées en maison de retraite. Solitude doublée parfois d'une forme de maltraitance. Mais le troisième âge ne se résume pas à cela : un quart seulement des personnes âgées de plus de 85 ans ont perdu leur autonomie.

Marie-Françoise Fuchs, Paule Giron, Martine Gruher, Marie-Paule Debray et Philippe Gutton de l'association Old Up.
Marie-Françoise Fuchs, Paule Giron, Martine Gruher, Marie-Paule Debray et Philippe Gutton de l'association Old Up. © Radio France / Géraldine Hallot

À Paris, une association milite pour que la société regarde autrement les personnes âgées. Cette association s'appelle "OLD'UP", un jeu de mots qu'on pourrait traduire par "debout les vieux !". OLD'UP regroupe plus de 250 personnes à Paris et organise toute les semaines des groupes de parole sur des sujets de société.

"Changer l'image des vieux"

Ce matin là, la réunion a lieu chez Philippe Gutton, le président de l'association. "Le thème de la réunion" explique Philippe Gutton, "c'est le désir de changement". "Cela correspond à notre philosophie. J'ai 85 ans, et nous témoignons que cela ne va pas si mal que tout le monde le dit. Nous avons la volonté de changer l'image que le monde a des vieux".

Tout aussi directe, Paule Giron, bientôt 90 ans. Cette dynamique dame, presque nonagénaire, raconte qu'en vieillissant, elle a l'impression de devenir une "sous citoyenne" et même "un déchet" : 

Nous sommes considérés comme des déchets parce que nous sommes devenus inutiles. Économiquement on n'est plus valables, donc on ne sert plus

"Il y a quelque chose de l'ordre d'une rébellion dans ce que nous faisons à OLD'UP, contre cette image qui nous enterre avant l'heure", raconte-t-elle. 

"Par exemple", explique Paule Giron, "quand nous allons chez le médecin parce que nous sommes malades, on nous répond : 'Oui mais à votre âge...'. Qu'est-ce que ça sous-entend ?" Paule Giron s'estime mise "dans une case". "Même chez moi, même dans ma famille, quand on est tous à table, on ne me demande jamais mon avis ! Comme un évanouissement de la personne, je n'existe plus", estime-t-elle."

Ça va la grand-mère qu'on materne ! La grand-mère à qui on dit 'Tu ne devrais plus conduire' !" 

"Laissez-moi vivre" implore-t-elle. Puis Paule ajoute, bravache : "Moi je dis que j'ai un formidable avenir devant moi. Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Mais j'ai encore plein de choses à vivre. Et, essentiellement, plein de choses à être."

Exclusion institutionnalisée

Au delà de l'effacement au sein des familles, les personnes âgées ressentent aussi une exclusion institutionnalisée : quand vous avez plus de 75 ans en France, vous ne pouvez plus, par exemple, être visiteur de prison, et les portes des banques ont tendance à se fermer.

Martine Gruher, la vice-présidente d'OLD'UP, raconte : "On ne peut plus changer de mutuelle. C'est très difficile de contracter un prêt. Le couperet de l'âge est une absurdité" estime-t-elle. "Ce n'est pas une question d'âge, c'est une question de capacité et de compétences, c'est ça qui devrait jouer".

Pour lutter contre cette mise à l'écart des personnes âgées, l'association OLD'UP occupe le terrain, comme n'importe quelle autre association. Elle envoie des émissaires dans les transports en commun pour voir ce qui est accessible ou pas. Elle publie des livres pour promouvoir le "bien vieillir". Elle organise des ateliers de formation numérique pour rester à la page.

Rester actif, chacun à son rythme

L'idée c'est d'être actif, mais chacun à son rythme, explique Marie-Françoise Fuchs, 85 ans, aux faux airs de Françoise Giroud : "Les jours que nous avons à vivre, nous souhaitons qu'ils soient heureux" dit-elle de sa voix douce."

Il y a des jours heureux qui peuvent ne pas être dans une forme olympique. Ce n'est pas parce que je ne peux plus courir le 100 mètres que je ne suis plus heureuse

Marie-Françoise Fuchs dit aussi: "Notre corps flanche parfois, nous sommes tous des poly, mini-handicapés, mais cela n'a pas d'importance. Mourir ne nous fait pas peur, ce qui nous fait peur , c'est comment."

Cette élégante dame conclut : "Nous aimerions mourir en douceur, avec une main qui se tend, la main d'une personne ou de quelques autres."

En les entendant rire et se taquiner ce matin là, on se dit que ces vieux, comme ils se définissent eux même, ont une force de vie incroyable. Et ils sont indéniablement debout.

"Ce n'est pas parce que je ne peux plus courir le 100 mètres que je ne suis plus heureuse"
"Ce n'est pas parce que je ne peux plus courir le 100 mètres que je ne suis plus heureuse" © Getty
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