Fermé au trafic commercial depuis fin mars, l'aéroport de Paris Orly se prépare à sa réouverture le 26 juin 2020. Si 80% du personnel est au chômage partiel, l'entretien des infrastructures et des avions n'a jamais été interrompu durant la pandémie. Le deuxième aéroport français nous a ouvert ses portes.

Orly 3, vide de ses passagers
Orly 3, vide de ses passagers © Radio France / Sébastien Sabiron

C'est une image rare, sinon inédite. Dans ces aérogares, où se croisent jusqu'à 32 millions de voyageurs par an, règne un silence de cathédrale. Les écrans des départs n'affichent que le logo d'Aéroports de Paris, devant un alignement de bornes d'enregistrements et de guichets qui attendent désespérément leurs voyageurs. 

Les escalators sont à l'arrêt et les boutiques ont baissé le rideau depuis le 31 mars
Les escalators sont à l'arrêt et les boutiques ont baissé le rideau depuis le 31 mars © Radio France / Sébastien Sabiron

Dans un coin du terminal Orly 3, Kamel Larbi, agent de sécurité, se remémore  l'arrêt brutal du trafic commercial et ces "journées entières à garder une salle vide" lors du confinement. Il décrit un "aéroport fantôme, surtout durant les rondes de nuit. On passe notre temps à nous demander si nous sommes dans un rêve ou dans la réalité."

Kamel Larbi affecté à la surveillance d'Orly 3
Kamel Larbi affecté à la surveillance d'Orly 3 © Radio France / Sébastien Sabiron

Plus loin, les boutiques des galeries commerciales semblent figées dans une autre époque, les tapis roulants permettant de récupérer les bagages sont à l'arrêt également. 

Paris Orly, vaisseau fantôme
Paris Orly, vaisseau fantôme © Radio France / Sébastien Sabiron

Pourtant, ces équipements ne sont pas prévus pour être interrompus, d'autant plus sur une si longue période. Leur redémarrage nécessite de nombreux contrôles, notamment sur la partie sensible où les bagages sont contrôlés un par un.

Pas une coquille vide

En temps normal, l'aéroport accueille jusqu'à 650 "mouvements" (décollages et atterrissages) par jour. Depuis l'arrêt du trafic commercial, le 31 mars 2020, seulement cinq ou six mouvements sont dénombrés quotidiennement. Il s'agit d’avions-cargos (transportant matériel et denrées, essentiellement à destination des Antilles), de transferts ou de rapatriements sanitaires.

Seulement cinq ou six vols par jour depuis le 31 mars
Seulement cinq ou six vols par jour depuis le 31 mars © Radio France / Sébastien Sabiron

Ce trafic, même limité, nécessite un entretien constant des équipements. Les agents du groupe ADP doivent aussi se tenir prêts à une réouverture immédiate. Ainsi, les pistes continuent d'être inspectées toute la journée et les inspections ne doivent pas dépasser sept minutes, comme en temps normal, car le moindre délai peut entraîner des retards considérables. 

De leur côté, les 89 pompiers de l'aéroport ont profité de cette période creuse pour continuer à se former, afin de pouvoir continuer à intervenir en moins de trois minutes comme l'exige leur mission.

Les pompiers continuent de s'entraîner pour intervenir en moins de trois minutes
Les pompiers continuent de s'entraîner pour intervenir en moins de trois minutes © Radio France / Sébastien Sabiron

À l'approche de la réouverture, il faut aussi effaroucher certains oiseaux qui ont pris leurs aises durant le confinement. Des goélands notamment, qui habituellement quittent cette zone au printemps. À l'année, 92 espèces fréquentent les 760 hectares de prairies aéronautiques d'Orly, comme l'explique Sylvain Lejal, responsable du Système de Management Environnemental :

"On n'a pas vu de nouvelles espèces. En revanche, les effectifs sont plus nombreux avec une tendance à s'installer. En temps normal, le seul trafic effraie les oiseaux. Donc nous allons recréer beaucoup de bruit grâce à nos moyens pyrotechniques afin de les éloigner des pistes."

Sécurité optimale

Durant toute cette période de fermeture, le groupe ADP a décidé de ne pas prélever aux compagnies la taxe de stationnement des avions. Sur le tarmac, ou alignés sur une piste, de nombreux avions sont restés cloués au sol, leur pneus recouverts de bâches en plastique pour les protéger de l'humidité et des rayons UV. 

Des géants de fer cloués au sol
Des géants de fer cloués au sol © Radio France / Sébastien Sabiron

Par ailleurs, les compagnies n'ont jamais cessé la maintenance des avions qui, comme les voitures, ne sont pas conçus pour rester immobiles. Pour Michel Landele, responsable d'exploitation des aires aéronautiques, tout l'enjeu de la réouverture sera de maintenir le lien de confiance avec les passagers. 

"Il y'aura un avant et un après Covid sur plein de sujets, mais en matière de sécurité aéronautique, nous serons toujours au même niveau. La sécurité sanitaire vient s'ajouter aux autres domaines auxquels nous sommes déjà attentifs." 

D'ici la réouverture le 26 juin prochain, il reste une grande inconnue : quel sera l'état du trafic aérien au moment de la reprise ? Les compagnies aériennes doivent donner leurs prévisions de trafic le 15 juin 2020.
 

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