Les nanotechnologies, on vous en parle à France Inter depuis quelques mois. Poursuite de cette thématique aujourd'hui avec la nanomédecine. Dans l'étude de l'infiniment petit, et la capacité de travailler la matière vivante ou inerte à l'échelle de l'atome, des possibilités nouvelles sont apparues aux chercheurs. Les nouveaux outils de diagnostic, la médecine personnalisée, les traitements pour les maladies dégénératives ou les handicaps sont des domaines qui vont profiter de cette nouvelle technologie. Aux Etats-Unis, au Japon et en Europe, cette voie est explorée avec des investissements importants. Notamment, parce qu'elle est sensée rapporter à l'industrie plus de 1000 milliards d'euros dans la décennie à venir. La nanomédecine, comme l'appellent les Américains, c'est l'utilisation des nanosciences et des nanotechnologies dans le domaine de la médecine et de la pharmacopée. Selon de nombreux rapports, les possibilités de mieux diagnostiquer, mieux soigner et mieux compenser les déficits sont énormes (pour les décennies à venir.) Améliorer le diagnostic d'abord. Ce sera possible grâce à de nouveaux outils, capables de voir à l'échelle de la cellule, de se déplacer dans l'organisme. Et puis surtout, parce qu'en se miniaturisant, les micro processeurs sont devenus capables de stocker et traiter des quantités d'informations phénoménales. Un micro processeur sur lequel on met un nanoéchantillon de sang, de salive ou de tissu, cela donne un laboratoire sur puce. On n'aura donc plus besoin de se déplacer au laboratoire. Les objectifs des chercheurs comme pierre le Ber, qui travaille au LETI à Grenoble sont multiples (interview). Et ces laboratoires sur puce sont quasiment au point. Biomérieux en France est sur les rangs pour fabriquer à grande échelle et à faible coût ces petits objets. Une société de Singapour a développé un test de la la grippe aviaire qui fonctionne en 2 heures, au lieu de 72 heures aujourd'hui. Des recherches sont en cours pour détecter la légionnelle en continu dans les tours réfrigérantes des industries. D'autres outils de diagnostics sont quasiment prêts, comme cette caméra endoscope japonaise, qui tient dans une gélule. On l'avale, grâce à ses diodes. Elle éclaire et filme l'intérieur de l'appareil digestif et transmet ce qu'elle voit. A terme, elle pourra larguer des médicaments in situ. Le système est en test sur des personnes atteintes d'ulcères. Mieux diagnostiquer, ça n'a d'intérêt que si on sait aussi mieux soigner. Est-ce que là encore, la nanomédecine ouvre des voies ? Un médicament ne vaut que par sa capacité à être au bon endroit et au bon moment. Ce que résume très bien Jérôme Chalmeau, un doctorant rencontré il y a quelques mois à Toulouse au Laboratoire CNRS d'analyse et d'architecture des système (interview). Améliorer le ciblage des médicaments, cela s'appelle la vectorisation des médicaments. Mais il faut s'assurer que la sphère dans laquelle on a enfermé le médicament jusqu'à destination soit bien biodégradable évidemment pour ne pas nuire à l'organisme. Enfin, 3ème axe : la compensation des déficits avec l'arrivée de nouveaux implants, des nouvelles prothèses pour le cerveau et le remplacement de tissus. Puisqu'il est désormais possible de connecter un dispositif électronique sur des cellules, et qu'on sait traiter l'information, les chercheurs affirment que l'idée de faire marcher les paraplégiques, voire les aveugles, n'est plus hors d'atteinte, pas plus que le déplacement d'un curseur sur un écran par la seule pensée. On parle aussi de reconstruire des tissus, des organes ou de l'os en mariant des fibres hig tech et du vivant. Reste à savoir si des industriels jugeront que le marché est suffisamment intéressant pour se lancer dans la fabrication de ces dispositifs. Car dans le domaine des nanos, on pressent que les investissements sont tels que seules les applications rentables ont une chance d'émerger. Alors tout n'est donc pas idyllique dans la nanomédecine. Faut-il s'en méfier ? Y a-t-il des dangers, des dérives possibles ? Bien sûr comme toute technologie. Pour la nanomédecine, c'est au citoyen de dire si oui ou non, les possibilités offertes sont intéressantes et éthiques. La toxicité des nanoparticules doit impérativement être évaluée car à l'échelle nanométrique, elles traversent les membranes des cellules. Le CEA a pris la tête du programme européen Nanosafe 2 sur cette thématique, explique Jean-Charles Guibert, directeur de la valorisation à Minatec (interview). Les laboratoires sur puce, s'ils sont si bon marché et si pratiques ne seront-ils pas achetés par les assureurs pour connaître notre état de santé, notre prédisposition à telle ou telle maladie, évaluer notre espérance de vie ? Les médicaments avant d'être mis sur le marché devront être testés car à l'échelle nanométrique les particules traversent les membranes des celllules. Quant aux capteurs qu'on pourra implanter sur les individus pour surveiller le diabète ou la tension, est-ce que cela changera nos comportements ? Allons-nous équiper les personnes agées pour les laisser à domicile plutôt qu'en maisons médicalisées ? Irons-nous visiter nos grands-parents ou prendrons-nous de leurs nouvelles sur écran vidéo ? Il y a des tas de questions intéressantes soulevées par cette nanomédecine. Sans tomber dans la science fiction et croire ceux qui nous promettent de ne plus mourir ! Un dossier de Sophie Bécherel, spécialiste des questions scientifiques à France Inter. INFOS : L'association Vivagora et la cité universitaire internationale organisent depuis février un débat tous les deuxième jeudi de chaque mois sur le nanomonde. Ce soir, la thématique est celle de l'impact sur la santé et l'environnement des nanotechnologies. C'est à 19h à la cité internationale universitaire. Il faut s'inscrire. Un site internet donne de nombreuses infos : www.vivagora.org

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