Dans la préfecture du Cher, l'abstention augmente de manière continue et forte depuis plus de dix ans. Au second tour de la présidentielle, elle s'est établie à 33,53%.

La cathédrale de Bourges
La cathédrale de Bourges © Radio France / Delphine Evenou

A Bourges, 67.000 habitants, le résultat du deuxième tour de l'élection présidentielle est sans appel : Emmanuel Macron a été placé en tête avec 74,64% des voix, largement devant Marine Le Pen (25,36%). Mais derrière ces chiffres s'en cache un autre, qui interpelle : 33,53% des électeurs ont boudé les urnes, ce dimanche 7 mai, et 8,29% ont choisi le "ni-ni" en glissant un bulletin blanc dans l'urne.

Au restaurant Le Bouche à Oreilles, situé au sud-ouest de Bourges, les ouvriers sont nombreux sur l'heure du déjeuner. Selon l'institut de sondage Odoxa, 30% de cette catégorie socio-professionnelle n'est pas allée voter ce dimanche. Accoudés au comptoir, les ouvriers du coin soupirent. Beaucoup expliquent ne jamais être allés voter : "De toute façon, ça sert à rien". Yoann, couvreur, en a assez d'éliminer des candidats plutôt que d'en choisir un par conviction : "Et puis quand on voit le monde ouvrier, ça n'a rien à voir avec ce qu'ils racontent, quand ils parlent des retraites, des heures. Ils planent". Michel, 61 ans, est livreur en boisson :

Moi j'étais socialiste, je suis ouvrier ! mais ce qu'Hollande a fait, ce n'est pas du socialisme. Je suis blasé d'aller voter

Parmi les abstentionnistes et ceux qui ont voté blanc, on trouve également un demandeur d'emploi sur trois (35%). Devant l'agence Pole Emploi de l'avenue de la Prospective, dans une zone industrielle du nord de Bourges, les chômeurs racontent s'intéresser à la politique, mais déplorer la déconnexion de la classe politique. "Je considère que les élus sont des employés des citoyens français. Nous on doit se former pour trouver du boulot, alors qu'ils fassent la même chose : des stages d'observation, d'une semaine, pour comprendre comment on vit", suggère Aymeric, 27 ans, et sans emploi depuis plus de deux ans. Alexandre, 22 ans, est en recherche d'emploi depuis deux ans :

Que j'aille voter ou pas, ça ne va pas changer grand-chose. Et puis qu'ils arrêtent leurs piques entre eux, et qu'ils s'occupent des jeunes à la place.

Si les demandeurs d'emploi et les ouvriers constituent un gros réservoir d'abstentionnistes, les catégories plus aisées ont aussi eu du mal à glisser un bulletin avec un nom. Dans le jardin au pied de la cathédrale de Bourges, Benjamin, 40 ans, ingénieur au CNRS, regarde son fils jouer. Il a voté blanc car il ne se reconnaissait ni dans le programme de Marine Le Pen, ni dans celui d'Emmanuel Macron : "La politique est devenue une représentation théâtrale. On vote pour des acteurs. Et vous ajoutez à cela le rôle des communicants, et les campagnes très marketées".

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