Le débat sur les migrants de Calais est aujourd’hui relancé avec la sortie du film « Welcome », de Philippe Lioret. L'histoire se déroule à Calais, où un maître nageur prend le risque d'aider un jeune réfugié kurde, qui souhaite rejoindre l'Angleterre en traversant la Manche, à la nage. Dans le Nord-Pas-de-Calais, ceux qui aident les migrants au quotidien - des bénévoles, des militants associatifs ou de simples citoyens - se retrouvent parfois dans l'illégalité. Monique Pouille est presque devenue une célébrité malgré elle. Entre médiatisation et réactions indignées, ses mésaventures sont même remontées jusqu'aux oreilles d'Eric Besson, le ministre de l'Immigration. Monique Pouille, 59 ans, habitante de Norrent-Fontes près de Béthune et bénévole de l'association « Terre d'errance ». Elle aide les migrants africains de passage dans son village. Elle leur apporte un peu de nourriture, parfois des habits. Souvent, elle récupère leurs téléphones portables et les ramène chez elle pour les recharger. Sans aucun problème jusqu'au 25 février dernier, lorsque la Police de l'Air et des Frontières sonne à la porte. Monique est à peine réveillée (interview). Les policiers de la PAF ont agi sur commission rogatoire du juge d'instruction. Pour l'instant, cette affaire n'a eu aucune suite judiciaire. Mais Monique et son mari, Jean-Yves, ont l'impression d'avoir été traités comme des criminels (interview). Malgré cet épisode chaotique, Monique Pouille continue son travail de bénévole. Plusieurs fois par jour, elle se rend au camp de Norrent-Fontes où sont installés une trentaine d'Erythréens. Tous rêvent de rejoindre l'Angleterre. En attendant, ils vivent dans des abris de fortune sur un chemin boueux au milieu des champs (interview). Que reproche-t-on exactement à Monique Pouille ? Aujourd'hui encore, les raisons de sa garde à vue restent floues. D'autant plus que le juge d'instruction en charge du dossier refuse de communiquer. Les associations d'aide aux réfugiés y voient surtout une tentative d'intimidation. La plupart dénoncent une « criminalisation des bénévoles », car cette histoire n'est pas un cas isolé. Dans le Calaisis, plusieurs bénévoles ont déjà eu affaire à la police ou la justice. En France, aider ou héberger un étranger en situation irrégulière constitue un délit passible de 5 ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. A l'origine, cette loi s'appliquait aux passeurs ou aux marchands de sommeil. Mais aujourd'hui, l'Etat s'en sert aussi pour faire pression sur les associations d'aide aux réfugiés. Point de vue partagé par l'abbé Jean-Pierre Boutoille. C'est le porte-parole du collectif « C'sur » qui regroupe plusieurs associations calaisiennes (interview). Le gouvernement veut faire la chasse aux passeurs qui sillonnent le littoral. Mais les associations estiment que le problème est ailleurs. Un problème qui n'a fait que se déplacer depuis la fermeture du centre de Sangatte fin 2002, puisque les migrants sont toujours aussi nombreux. Entre 500 et 800 étrangers vivent aujourd'hui à Calais dans des bidonvilles à ciel ouvert et des conditions déplorables. Un reportage de Yann Gallic.

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