C'est une véritable onde de choc qui a secoué le patinage artistique il y a un mois et demi, depuis les révélations fin janvier des scandales sexuels mettant en cause plusieurs entraîneurs. Reportage au club de patinage d'Annecy, où des nouvelles règles seront édictées, même s'il n'est pas directement concerné.

Les licenciés du haut niveau à Annecy se disent choqués après les révélations de scandales sexuels dans le patinage français
Les licenciés du haut niveau à Annecy se disent choqués après les révélations de scandales sexuels dans le patinage français © Radio France / Jérôme Val

La Fédération Française des Sports de Glace doit effectivement remplacer Didier Gailhaguet, démissionnaire, après les révélations de la patineuse Sarah Abitbol. Si quelques personnes et quelques clubs seulement sont montrés du doigt, c'est tout un sport qui a été éclaboussé. Avec quelles conséquences ? Comment cette tempête a-t-elle été vécue dans les patinoires chez les licenciés, leurs parents, les entraîneurs ? Exemple au club d'Annecy, l'un des plus gros clubs de France.  

"On a confiance quand même"

La patinoire Jean Régis, à quelques encablures de la rivière du Fier au Nord d'Annecy, accueille comme tous les jours les athlètes du haut niveau. Ils enchaînent les entraînements et les figures sur la glace dans une atmosphère très fraîche. Ce matin-là, à côté de ceux qui rêvent d'une carrière internationale, des petits bout de choux s'initient au patinage : des enfants entre 4 et 6 ans qui viennent pour la première fois, sous le regard de leurs parents dans les tribunes.

"Bien sûr que ça m'a questionné, surtout quand on a une fille d'un certain âge, quand on sait qu'elle va grandir et qu'elle va rentrer dans ces sports-là. On a toujours une petite inquiétude pour plus tard. Je ne vais pas la priver d'activités sportives parce qu'il y a d'éventuels problèmes. On a confiance quand même. Ce n'est pas parce qu'il s'est passé des choses comme ça dans le passé, que ça va continuer. J'espère que les gens vont être mieux formés pour éviter ce genre de problèmes"  explique Mario, papa d'une petite fille de 5 ans et demi. 

Et ce genre de problèmes, c'est la déflagration qui a déstabilisé le patinage après les révélations il y a un mois et demi de plusieurs agressions sexuelles : le calvaire enduré par l'ancienne patineuse Sarah Abitbol qu'elle raconte dans un livre, les accusations contre un entraîneur Gilles Beyer. Le scandale a été suivi dans les médias par Lina Collomb-Patton, 14 ans, et c'est une secousse pour cette jeune licenciée : 

"C'était un choc car on ne s'attendait pas à une si grande ampleur. On n'avait jamais entendu parler de ce genre de choses, du coup c'était vraiment choquant. Je ne sais pas comment les victimes ont fait pour pouvoir tenir, je les respecte beaucoup." 

"Dans notre formation, on nous apprend à poser les limites. " 

Le club de Haute-Savoie, le plus titré de France, n'est pas directement visé mais cette affaire pèse sur toute cette discipline.  

"C'est une fédération où l'on se connaît tous, on connait les personnes mises en cause. Ça fait bizarre. Ça déçoit un peu parce que ça donne une mauvaise image, c'est dommage" dit Tom Bouvard, 18 ans, qui fait du patin depuis une dizaine d'années. 

Aujourd'hui, le climat s'est un peu apaisé, mais il y a toujours les questions, celles posées à la maison par les parents des jeunes patineuses, comme ceux de Louambre Esnot. L'adolescente fait du patin depuis 5 ans : "Mes parents m'ont demandé si j'avais aperçu des choses un peu bizarres et qu'il fallait que j'en parle à tout prix si ça m'arrivait. Je suis passionnée et je veux continuer tout de même, mais je sais que des choses sont arrivées. Et même si ça m'arrivait, ce que je ne pense pas, j'en parlerai."

Il n'y a pas de psychose pour Vlad, le papa d'Emma, l'une des espoirs du club : "On n'arrive vraiment dans un âge où ma fille peut être attaquée par rapport à cette problématique. Mais je pense être un bon père et si ça arrive, je sentirais que quelque chose ne va pas." 

Dans les couloirs de la patinoire, nous rencontrons Sophie Golaz, l'une des cinq entraîneuses femmes du club : "On est entraîneur et on est éducateur avant tout. Dans notre formation, on nous apprend à poser les limites. On m'a appris à me positionner correctement par rapport aux enfants, aux entraînés. La relation entraîneur / entraîné peut être certes très sympa, mais il y a des limites. À partir du moment où elles sont posées, il n'y a pas de problème. Je pense que j'ai des collègues entraîneurs qui doivent se dire : 'je fais mon travail correctement, je n'ai rien à me reprocher et je n'ai pas envie d'être dans l'amalgame avec ces gens-là qui sont des tordus', il faut le dire" explique-t-elle. 

Didier Lucine et Sophie Golaz, deux des entraîneurs du club d'Annecy : ils se disent soulagés que ces scandales aient éclaté au grand jour
Didier Lucine et Sophie Golaz, deux des entraîneurs du club d'Annecy : ils se disent soulagés que ces scandales aient éclaté au grand jour © Radio France / Jérôme Val

"On va faire des réunions pour que tout le monde sache ce qu'on a le droit d'accepter ou pas"

Le club d'Annecy compte 236 licenciés dans sa section patinage. Il n'a enregistré aucune défection ces dernières semaines mais il y aura un avant et un après, et certaines pratiques vont changer, explique la présidente Marine David-Cruz : "Nous allons interdire les téléphones dans les vestiaires pour éviter les films et qu'ils circulent sur les réseaux sociaux. Ce sont des choses auxquelles on n'aurait pas pensé avant. On va aussi faire des réunions avec des psychologues qui vont venir parler aux petits, aux adolescents et aux parents pour que tout le monde sache ce qu'on a le droit d'accepter ou pas, que ce soit au patin, à l'école ou ailleurs. L'aspect positif de cette affaire, c'est de se lancer là-dedans et d'ouvrir les yeux de tout le monde." 

Les dirigeants attendent avec impatience le changement. "Tout le monde espère un vent nouveau. Ça fait longtemps qu'on attend ça : le départ d'un président qui à l'époque gérait tout, des sélections aux jurys. Il faisait la pluie et le beau temps et ça, il faut que ça cesse. Il faut maintenant une présidence qui nomme des gens pour les bonnes missions pour s'occuper enfin du sport" estime Didier Lucine, le directeur technique du patinage à Annecy. 

Et le changement, c'est pour bientôt, espère Didier Lucine avec la désignation ce week-end du successeur de Didier Gailhaguet à la tête de la fédération, pour laquelle quatre candidats sont en lice. 

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