Alors qu'approche l'anniversaire du premier confinement, nous avons voulu aller à la rencontre de ceux dont on a peu parlé, mais dont la vie a été profondément bouleversée par cette crise : aujourd'hui, en première ligne face à la surmortalité, les professionnels du funéraire, submergés par la charge de travail.

Au cimetière de la Croix Rousse, à, Lyon
Au cimetière de la Croix Rousse, à, Lyon © Radio France / Mathilde Imberty

Ils sont en première ligne face à la surmortalité : depuis un an, les professionnels du funéraire ont été submergés par le nombre de malades à inhumer ou incinérer. Catherine Regnies, depuis 26 ans dans les pompes funèbres, se passionne pour son métier et n’en revient pas qu’on s’y intéresse. Son crématorium, dans Lyon, a retrouvé une cadence soutenable aujourd’hui, avec cinq incinérations de malades Covid par semaine : incomparable avec le rythme du printemps dernier : "Ça n’avait rien à voir. On était dans une situation complètement différente. En temps ordinaire, on est à 150 crémations par mois ; là on était passé à 280 - 300. On ne s’attendait pas à une telle vague déferlante : on a fait du 7h le matin, jusqu’à 20h le soir". 

Au pic de la surmortalité, en avril 2020, les enterrements en petits groupes au cimetière sont autorisés, mais pas les cérémonies avant incinération en lieux clos. Les équipes du crématorium vivent alors l’inédit : "On a accompagné nos défunts avec ce que nous demandaient les familles" explique la directrice du lieu, "ils nous donnaient des photos ou des petits mots qu’on posait sur le cercueil". Jusqu'à même se faire passer des fleurs par les proches en deuil, à travers les grilles du bâtiment : "On a fait passer des fleurs. Il n’y avait absolument personne puisque c’était interdit. Il n’y a avait que nous mais… on était là". 

Catherine Regnies, directrice du Crématorium de Lyon
Catherine Regnies, directrice du Crématorium de Lyon © Radio France / Mathilde Imberty

Utiles au milieu de la déferlante

Les professionnels du funéraire ont le sentiment de s’être rendu utiles au milieu de la déferlante, alors qu’il fallait aussi protéger le personnel. Olivier Jacqueline gère six agences de pompes funèbres à Lyon, les établissements Chaboud. Il raconte la débrouille pour récupérer du matériel de protection. Les corps à évacuer au plus vite des maisons de retraite, des hôpitaux. Les yeux cernés du cinquantenaire en témoignent. La période l’a éreinté, lui qui raconte "une fatigue importante chez tous les membres de l’équipe" : "aussi bien les conseillers, que les porteurs qui ont pris beaucoup de risques, les marbriers qui ont beaucoup travaillé. Les mois d'avril, mai ont été très compliqués, et en octobre les plus jeunes ont été touchés. Donc, sur un total de 14, sept personnes ont été atteintes par le Covid, dont moi-même et mon épouse". 

"Tous les soirs tout le monde applaudissait pour le personnel hospitalier qui se battait durement : bah ...on a été un peu les oubliés. Mais ça a toujours été un peu le cas, on ne fait pas ce métier pour la reconnaissance"(Catherine Regnies, directrice du crématorium de Lyon)

"Marchands de mort"

Eprouvant aussi parfois, le contact avec les proches des défunts. Au cœur de la crise, les rapports se tendent : "On avait ces deux extrémités : des gens qui étaient très compréhensifs et puis des gens qui étaient très agressifs" explique Catherine Regnies, qui a aussi entendu "des choses pas très agréables", des paroles comme "marchands de mort". 

"Vous savez on est habitué" reconnait Olivier Jacqueline. "Après, moi je vais vous le dire de manière décontractée, on a travaillé comme jamais, fait beaucoup de… de volume, reçu beaucoup de familles, mais pas forcément avec des prix de vente moyens élevés. Donc au final, on a été plus dans une situation de faire du sanitaire plutôt que de faire de l’argent". 

Olivier Jacqueline au Cimetière de la Croix Rousse
Olivier Jacqueline au Cimetière de la Croix Rousse © Radio France / Mathilde Imberty

Funérailles virtuelles

Dans un des salons ont eu lieu des situations que ces professionnels n’auraient jamais pensé voir : des obsèques quasiment virtuelles. "On a vu un nouveau phénomène, celui de réaliser des vidéos des instants de recueillement. Les familles grâce à WhatsApp, Zoom, ou autre, se sont mises à le faire, et puis nous-mêmes on s’est équipé. Et puis pour ne citer que la paroisse d’à côté, ils se sont équipé aussi : le numérique est entré dans le funéraire de manière inopinée, et ça rend beaucoup de services, je pense". 

Pourtant, Olivier Jacqueline ne dort pas tranquille. Il laisse ouvert ces deux salons funéraires réservés aux morts du Covid, au cas où. "Je suis sur le qui vive" dit aussi Catherine Regnies au crématorium de la Croix Rousse : "On saurait faire. Bien sûr. Mais on espère ne pas avoir à y retourner". 

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