Au moment où débute l'été austral, La Réunion s'attend à un possible retour du moustique transmettant le chikungunya. En 9 mois, l'insecte a touché 266 000 personnes (ce que les médecins appellent des "formes cliniques"), c'est-à-dire près de la moitié de la population de l'île. 249 réunionnais sont morts, en majorité des personnes âgées de plus de 70 ans. Y a-t-il une véritable crainte de la population ? Dans l'île, avec le retour de l'été austral, donc période où a priori l'insecte se développe plus favorablement, on peut dire que les réunionnais sont mobilisés. Il va y avoir une opération à la fin du mois intitulée Kass Moustik. But du jeu : détruire les larves d'insectes. Mobilisés donc, mais pas forcément très inquiets. Il y a les messages de prévention diffusés par RFO. Mais sur d'autres radios, on peut entendre ceci (son). Plus sérieusement, j'ai le sentiment que sur place, les réunionnais sont dans la phase où ils se disent que l'insecte est là, que le chikungunya va encore faire parler de lui, qu'il y aura des gens touchés mais qu'il faut faire avec. Témoin, Louis Lechnig, planteur de vanille, rencontré dans sa plantation (interview). Et visiblement, le problème de La Réunion semble être plus économique que sanitaire. Parce qu'il faut le rappeler, le tourisme est la première ressource de l'île. C'est 2 fois ce que rapporte la canne à sucre et en février il y a eu un immense trou d'air. Pierre Caro est hôtelier et vice-président du comité du tourisme réunionnais (interview). Il y a déjà au moins 70 millions de pertes identifiées dans les hôtels, les restaurants. Mais les pertes pourraient très vite avoisiner les 228, 230 millions d'euros. Du coup, des hôtels ont déjà fermé. Un groupe a fermé ces trois principaux établissements dans l'île. 650 chambres, un cinquième du parc hôtelier insulaire. Et dans les restaurants, ce n'est guère mieux. Max Acama est propriétaire du Ti Coq un restaurant branché de Saint-Gilles (interview). Et qu'en est-il de l'aide de 60 millions d'euros annoncée par le premier ministre ? À ce jour, un peu plus de 10 millions ont été distribués. Mais les critères d'attribution sont tels que nombre d'entreprises risquent même de ne rien toucher du tout. C'est vrai pour les petites entreprises, trop petites, ou les groupes hôteliers trop riches. Mais au-delà de l'argent, ce qu'on dit à La Réunion, c'est qu'il faut, et c'est la première urgence, relancer le tourisme. Mais le problème, ce sont les organisateurs de voyages qui très nettement regardent ailleurs dans l'océan indien (interview Pierre Caro). Enfin pour finir sur un clin d'œil, le groupe réunionnais double r, marche bien dans les radios et ce qui marche bien aussi, ce sont les tee shirt vendus à Saint-Gilles, le saint trop' réunionnais, ou à l'aéroport, tee shirt où au-dessous d'un gros moustique, on peut lire " chikungunya ... même pas mal" ou "chikungunya ... j'ai survécu". C'est le produit à la mode fabriqué dans l'île. Un dossier de Philippe Lefebre.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.