L'AfD, le parti d'extrême-droite qui prospère en Allemagne depuis l'arrivée de plus d'un million de réfugiés, pense faire un score très important lors des élections de dimanche en Bavière, cette grande et riche région, où la CSU est, seule au pouvoir, quasi sans arrêt depuis 1958. Comment l’AfD fait-il campagne ?

Réunion publique de l’AfD (Alternative für Deutschland) à Waldkirchen en Bavière le 16 septembre 2018
Réunion publique de l’AfD (Alternative für Deutschland) à Waldkirchen en Bavière le 16 septembre 2018 © Radio France / Ludovic Piedtenu

Robert Schregle, la cinquantaine, l’air inquiet, roule à vive allure à la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche. Nous ne sommes pas très loin des bords du Danube, près de la ville de Passau où il a créé, il y a 5 ans seulement, la section locale du jeune parti "Alternative pour l’Allemagne" : "Ici, il n’y a pas de contrôle, explique-t-il. Tu peux faire tout ce que tu veux sur cette frontière. Pas de contrôle parce que c’est l’espace Schengen. On peut entrer en Bavière à au moins 90 endroits et il n’y a que trois points de contrôle, seulement trois ! C’est une blague."

Lui et son parti promettent le contrôle total de la frontière…

"Bayern. Aber sicher !" 'La Bavière. Mais sûre !' peut-on lire en Une de leur programme électoral.

Robert Schregle s’inquiète des terroristes qui entreraient ici. Il désigne par la fenêtre des champs, des forêts, des endroits de passage idéals, selon lui. Son discours est empreint de nostalgie. "Ici avant, il y avait les douaniers. Maintenant juste des panneaux qui matérialisent la frontière. Ici, c’est devenu une station-service. Et là-bas, des appartements."

Depuis l’entrée massive de demandeurs d’asile en 2015 et la politique d’accueil de la Chancelière, Angela Merkel est la cible préférée de l’AfD. 

Nous sommes en dictature. C’est Merkel, c’est le système-Merkel ! Ce n’est pas forcément évident à voir. Le pays s’affiche comme une démocratie mais ça ne l’est pas ! 

Argument avancé sans preuves. Peu importe, l’AfD répète comme un mantra "Merkel muss weg !" "Merkel doit partir !" et le parti de promettre de rétablir la démocratie.

Un dimanche soir, dans un restaurant de Basse-Bavière, à Waldkirchen, une soixantaine de personnes partage des bières autour de plats traditionnels bavarois. L’audience est populaire et mixte. Plus rares sont les jeunes à se joindre à cet évènement de campagne.

Angelika Eibl, candidate de l’AfD, au look très classique, BCBG, prend la parole.

Chers amis, chers patriotes, peuple de Bavière ! Notre système de soins est fait pour nous, les Allemands ! Il existe depuis des générations et il est unique au monde ! Mais en laissant les frontières ouvertes, on a offert notre système à tous. Il faut une politique de discrimination pour protéger le peuple allemand.

Même si ces propos sont proches sur ce sujet de son adversaire CSU, elle présente l’AfD comme la seule alternative.

"Regardez ce magnifique pays, chers amis. Vous n’allez pas laisser ce Land de Bavière aux Verts ou à la Gauche ! Espérons un miracle en octobre et votez AfD !"

Arrive un homme à la stature imposante, il porte une chemise très ample. Stefan Protschka, formation d’électricien, 40 ans, élu député au Bundestag à Berlin il y a tout juste un an.

Sur sa biographie officielle, catholique, marié, deux enfants, l’homme a fait du théâtre et ça se voit. On croirait assister à un stand-up comique… 

Sous une des tables, un chien, resté calme jusqu’à présent, aboit. Le député le mate à sa manière. Avec son pied, il tape fort sur le sol. On entend le chien chouiner. La salle est hilare… Le député lâche :

"C’est comme ça que je règle les problèmes avec les anti-fascistes !"

Un jour de campagne comme un autre pour l’AfD créditée de 14 points dans un dernier sondage derrière les Verts à 18%. Deux partis qui taillent des croupières à la CSU qui, dans ce Land de Bavière, a quasiment toujours détenu la majorité absolue. Dimanche signera vraisemblablement la fin d’une époque.

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