Le vote des détenus toujours sous representé pour l'élection présidentielle. Si certains secteurs de la societé comme les banlieues ont été sensiblement mobilisés pour ce scrutin, la prison reste visiblement en marge. D'après des chiffres provisoires de l'administration pénitentiaire, plus de 400 détenus sur presque 60 000, ont demandé à voter. Même si elle semble progresser, la participation des prisonniers reste marginale et compliquée. Coup d'oeil derrière les hauts murs du centre de détention de Nantes. Sur 450 détenus, 24 ont fait une demande de procuration. C'est mieux qu'il y a 5 ans (ils étaient 6 à l'époque) mais cela reste maigre. Le droit de vote est un droit virtuel dénonce toujours l'observatoire international des prisons. Communément, on parle d'un parcours du combattant. Le premier obstacle c'est le manque d'information, explique Djamel, 29 ans. Il se dit mordu de politique. Il suit la campagne présidentielle comme un feuilleton, et il a failli rater la marche du vote, comme d'autres (interview). Pour son inscription, Djamel n'a pas eu de difficulté. Mais ce n'est pas le cas partout. Certains détenus n'ont pas eu le temps de faire refaire des papiers d'identité. D'autres se sont heurtés au refus de certaines mairies mal informées ou mal disposées. Ensuite vient la procuration. Les détenus doivent confier leur vote – ça peut être un parent, un visiteur de prison ou un inconnu. Mais c'est loin d'être simple. Avant-hier, Djamel cherchait encore un mandataire inscrit comme lui à Nantes. Alain, 57 ans, est dans le même cas. Son fils ne peut pas voter pour lui. Il semble coupé du reste de sa famille. Pour l'instant coupé de son droit de vote (interview). Et est-ce qu'il ne serait pas possible de voter directement dans la prison ? C'est l'étape attendue - ça se fait dans d'autres pays. En février, l'administration pénitentaire a posé la question. Le ministère de l'intérieur répond qu'un bureau de vote dans une prison ça peut se faire, mais il aurait fallu s'y prendre dès l'été. Ce qui sera peut être fait pour certaines prisons en vue des élections locales de l'an prochain. La privation automatique des droits civiques en cas de condamnation a été supprimée il y a 13 ans. C’est comme si on commençait tout juste à s'organiser pour développer le vote en prison. Et il y a encore du chemin. A Nantes, le service d'insertion a mis l'accent sur l'information. Mais ensuite, il n'y a pas d'association pour trouver des mandataires, et ici comme ailleurs, le code de procédure pénal par exemple ne prévoit pas de permission pour aller voter - ça ouvre pourtant sur la societé estime Gérard, 68 ans, qui a toujours voté (interview). Pas aidés pour le vote et un peu oubliés dans la campagne. Les détenus ont bien noté que leur quotidien etait absent des débats. Certains, comme ce détenu, qui souhaite garder l'anonymat, ne croit plus d’ailleurs à une grand réforme de la détention, mais ça ne l'empêche pas de voter (interview). Seul point commun : tous ont le même ennemi politique, Nicolas Sarkozy. Guy, 64 ans, résume la pensée commune (interview). Difficile de savoir précisément combien de détenus pourraient légalement participer au vote. Ils sont un peu moins de 60 000 derrière les barreaux. 10 000 d'entre eux sont étrangers, 600 mineurs. Il faut aussi enlever ceux qui sont déchus de leurs droits civiques par décision de justice. Ce qui est sûr, c'est qu'au référendum européen, ils n'etaient que 500 à se prononcer. Un dossier d'Etienne Monin.

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