Il y a plus d'un mois, l’ONU a voté une nouvelle résolution qui doit permettre aux Ivoiriens - après deux reports successifs – d’organiser des élections présidentielles d’ici un an. Cette résolution, la 17-21, est-elle déjà enterrée ? C'est la question que doivent forcément se poser les experts onusiens qui se réunissent en ce moment pendant trois jours à New York. Surtout après l'appel de Koffi Annan aux Ivoiriens vendredi dernier, en forme de prière. Il y a eu d'abord les suites de l'affaire des déchets toxiques. Le président ivoirien, Laurent Gbagbo, a décidé de réintégrer, après demain, dans leur fonction, trois hauts fonctionnaires mis en cause dans une enquête commandée par le premier ministre de transition Charles Konan Banny ; le chef de l'état ivoirien, qui a également limogé les directeur du quotidien public « Fraternité matin » et celui de la télévision publique - pour avoir diffusé un communiqué signé Konan Banny qui dénonçait la décision du chef de l'état. Voilà pour l'atmosphère. Ce qui a déjà entraîné des manifestations la semaine dernière. Il y a eu 3 morts et plusieurs blessés par balles. L'opposition a déjà menacé de prendre la rue jeudi si Gbagbo ne revient pas sur sa décision. L'autre test, dans les jours à venir - et c'est le fondement de la dernière résolution de l'ONU - c'est la relance de ce que l'on appelle en Côte d'Ivoire, les audiences foraines. Des tribunaux spéciaux répartis dans l'ensemble du pays, où des magistrats sont censés procéder à l'identification d'une partie de la population. Une première tentative a eu lieu cet été mais bloquée aussitôt par les militants du parti de Laurent Gbagbo, le FPI. Claudine Vidal est directrice de recherche émerite à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (interview). Les sans papiers en Côte d'Ivoire seraient, selon le premier ministre, près de 3 millions. Un chiffre que Laurent Gbagbo et son parti, le front populaire ivoirien, n'ont en fait jamais accepté, depuis les premiers accords signés en France à Marcoussy, en janvier 2003. Car il y a derrière ce dossier, un enjeu électoral majeur. Les sans papiers actuels sont en grande partie originaire du nord du pays - à priori donc hostiles au chef de l'état ivoirien, avec pour lui le risque de perdre la prochaine élection présidentielle. Et ce week-end, les responsables du FPI ont à nouveau sonné la charge. Ils refusent en bloc les conditions annoncées pour la tenue des audiences foraines. Enfin presque... Les journaux ivoiriens évoquaient tous hier ces visiteurs du soir qui cherchaient dimanche à rencontrer le premier ministre. Ambiance, tractations de dernières minutes… ce que confirme le leader des jeunes patriotes, Charles Blé Goudé, toujours sous le coup de sanctions de l'ONU jusqu'en février. Il s'était fait très discret ces dernieres semaines (interview). Charles Blé Goudé a fait projetter récemment un film sur le Rwanda pour éviter, disait-il, une nouvelle tragédie. Désormais le film circule dans Abidjan, ce que dénonce le jeune écrivain Gbahy Kouakou, qui vient de publier un essai chez Gallimard (interview). Claudine Vidal, elle, refuse de croire que l'on est en Côte d'Ivoire comme en décembre 1993 au Rwanda (interview). Autre point de vue recueilli, celui du chanteur Alpha Blondy, qui réside toujours en Côte d'Ivoire, malgré les menaces de mort à répétition. C'est l'une des rares grandes personnalités de la société civile qui ose publiquement s'en prendre à Gdagbo, à son opposition, ainsi qu'à la rébellion qui tient le nord du pays. Alpha Blondy est également ambassadeur de la paix pour les nations unies (interview). Un dossier d’Emmanuel Leclère.

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