C'est la saison des conseils de classe, l'occasion de dresser un bilan de la réforme du lycée pour les élèves de première, à l'issue du premier trimestre. Et professeurs comme éleves semblent être véritablement sous pression.

Conseils de classe au lycée Marie Curie à Nogent sur Oise, dans l'Oise
Conseils de classe au lycée Marie Curie à Nogent sur Oise, dans l'Oise © Radio France / Sonia Princet

Au lycée Marie Curie à Nogent sur Oise, dans l'Oise, le proviseur Alain Procar a un sentiment d'urgence en permanence : "On a l'habitude de dire qu'une équipe de direction doit de temps en temps lever la tête du guidon pour voir à moyen et long terme, c'est vrai que dans cette année, qui est vraiment une année de transition, de mise en place de la réforme, on a vraiment le nez dans le guidon". 

"On a notre vie, on est encore des enfants"

Les élèves qui inaugurent la réforme sont essorés en cette fin de premier trimestre. Ils suivent des enseignements communs et trois enseignements de spécialité. Les programmes sont plus chargés, condensés... Anna, une élève, raconte : "Prenons par exemple la matière 'enseignement scientifique' : on doit faire un chapitre par semaine, on a deux heures par semaine, on n'a pas le temps d'élargir le sujet, on est obligé de rester concentré tout le temps, sans avoir les réponses à nos questions parce que les profs n'ont pas le temps de nous aider". 

Sa camarade Marion complète : "En fait, ça nous fait réviser constamment. Moi je fais du foot et l'année dernière, j'arrivais à faire mes deux entraînements, arbitrer le dimanche, jouer le samedi, mais j'arrivais vraiment à gérer tout ça alors que cette année, je me contente d'un entraînement. Je trouve que c'est vraiment compliqué parce qu'ils nous demandent de travailler, et d'être réguliers, mais aussi d'un autre côté, on a notre vie, comme tout le monde, surtout qu'on est encore des enfants, on a besoin d'avoir des activités". Même avec du travail, les notes s'en ressentent. 

Anna par exemple est passée de 17 à moins de 12 de moyenne en sciences physiques. Une professeur de sciences physiques du lycée reconnaît que le niveau des spécialités est plus exigeant et pas seulement en mathématiques : "on n'a pas forcément le temps d'approfondir correctement les notions, si on veut aller jusqu'au bout du programme, il est vrai qu'on est un peu pris par le temps, et c'est un peu compliqué notamment pour les élèves qui ont un peu plus de fragilités, de difficultés, parce que le rythme est très soutenu. C'est un programme qui est très ambitieux. C'est un peu frustrant parce qu'à certains moments, on se demande s'ils ont bien compris ce qu'on voulait leur transmettre." 

"Tous les deux jours, une évaluation"

Ces lycéens sont aussi sous pression parce que toutes les notes comptent pour le bac. Celles qu'ils obtiennent dans le cadre des cours, et des contrôles habituels représenteront 10% de leur note finale au baccalauréat. 

Pharell, élève de première, en est bien conscient : "Maintenant, toutes les matières sont importantes, même un 2/5 à une interro en EMC, éducation morale et civique, peut avoir une légère importance sur notre bac." Il affirme qu'"environ tous les deux jours, on sait qu'on a une évaluation, tous les soirs on est sous pression parce qu'on sait que le lendemain, il y aura quelque chose, parce que les profs doivent nous évaluer, parce qu'il faut avoir beaucoup de notes". 

En conséquence, les élèves cherchent souvent à se rattraper, comme le confirme une professeur d'anglais : "C'est vrai que lorsqu'un contrôle est raté, on va peut-être proposer des devoirs supplémentaires pour essayer de remonter la note. J'en faisais déjà, la réforme n'a rien changé mais les élèves y sont d'autant plus attachés. D'eux-mêmes, ils viennent demander quand ils voient que leur moyenne baisse. Même les absentéistes qui ratent un contrôle viennent demander spontanément s'ils peuvent rattraper."

Abandonner les mathématiques

Les enseignants de langues, d'histoire-géographie, d'enseignement scientifique vont devoir faire passer à partir de janvier les E3C, les épreuves du contrôle continu... mais rien n'est prêt, selon les élèves. Pharell raconte : "Il y a deux semaines, les profs ne savaient pas avec quel barème ils allaient nous noter. Ils ont reçu les barèmes il n'y a pas longtemps. Ils ont dit qu'eux-mêmes n'avaient pas très bien compris". La classe rit... mais en réalité, les élèves sont inquiets, comme Baptiste qui regrette de ne pas savoir comment ces partiels vont se dérouler. "C'est confus", conclut le lycéen. 

Les parents d'élèves se posent également beaucoup de questions. Une déléguée des parents explique que l'inquiétude porte surtout sur le choix des spécialités pour l'année prochaine. En effet, les élèves de classe de Première vont devoir abandonner l'une de leurs trois spécialités en terminale, sans savoir précisément ce qui sera important pour leur future orientation. 

Yvette Ramnon, la proviseure adjointe du lycée Marie Curie, a l'impression qu'une majorité d'entre eux voudrait abandonner les mathématiques ou les sciences physiques. Elle voudrait les guider davantage dans leurs choix. Car selon elle, les élèves de première ont surtout opté pour des matières scientifiques afin de rester dans le lycée. Le lycée offre cinq spécialités scientifiques et seulement deux littéraires. "Il serait bon qu'ils choisissent davantage en fonction de leurs compétences", espère-t-elle. Les élèves devront prendre la décision lors du deuxième conseil de classe, en mars. Cela risque de faire monter un peu plus la pression sur ces jeunes... 

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