Trois semaines après l’affaire de la Société Générale, retour, ce matin, sur une autre histoire édifiante : celle d’un particulier dont toutes les économies sont parties en fumée sur les marchés boursiers et qui demande aujourd'hui réparation à sa banque. C’est l’histoire de Gérard Pujol, 54 ans, tapissier-décorateur à Saint-Ouen. En 99, il dispose de 600 000 F sur son compte, déposés à l’UBP, l’Union des Banques à Paris, une filiale d’HSBC, la banque britannique, n°1 au classement des banques européennes en matière de capitalisation boursière. 600 000 F donc, sur un compte courant et une assurance-vie, jusqu’au jour où le conseiller-clientèle de Gérard Pujol lui fait la proposition suivante (Interview Gérard Pujol). Le conseiller-clientèle s’engage sur des montants, toujours plus importants. Il va même jusqu’à acheter pour près de 8 millions d'euros de titres TF1, à crédit. Une prise de risque maximum qui entraîne l'équivalent de 3 millions d'euros de pertes. Le chargé-clientèle est licencié sur le champ mais la banque réclame alors l'ardoise à Gérard Pujol, qui n'en revient toujours pas de la somme totale des montants en jeu (interview). Et depuis, Gérard Pujol a dû liquider l'entreprise qu'il dirigeait depuis 25 ans et hypothéquer tous ses biens. La conséquence d'un long bras de fer judiciaire. Gérard Pujol saisit d'abord la justice. Sans résultat. Ensuite, c'est la banque qui dépose plainte. Un premier jugement, en 2005, à Pontoise, condamne Gérard Pujol à payer les fameux 3 millions d’euros à sa banque. Puis, en appel, à Versailles, en octobre 2006, la justice "coupe la poire en deux" : -d'un côté, elle condamne la banque à verser 1 millions 400 milles euros de dommages et intérêts à Gérard Pujol. -mais de l'autre, elle condamne ce dernier à rembourser l'ardoise de 3 millions d’euros à la banque. Gérard Pujol en appelle, à présent, à la Cour de Cassation. Comme dans l’affaire de la Société Générale, les contrôles internes de la banque sont en cause. La direction affirme qu’elle ignorait tout de ces dysfonctionnements, jusqu’au profil même de son conseiller-clientèle qui, pendant l'instruction, reconnaîtra que sur une échelle de 1 à 10, ses connaissances boursières se situaient à 2 ! La banque, officiellement donc, pas au courant, mais qui perçoit tout de même jusqu'à la catastrophe : 1 million d’euros de frais de commission sur les mouvements spéculatifs. Pour Olivier Lindey, l’avocat de Gérard Pujol, tout cela rappelle par certains aspects, l’affaire de la Société Générale (interview). Autre point commun : la phase de liquidation des positions, autrement dit, la revente des actions en question, mal gérée par la banque, selon le conseil de Gérard Pujol, dans un contexte boursier défavorable. La banque et son avocat ne souhaitent pas s’exprimer publiquement sur ce dossier. Mais voilà en résumé leur version : Gérard Pujol était bien à l’origine des opérations litigieuses. Il n’avait confié aucun mandat de gestion à la banque et donc, il ne pouvait ignorer ce qui se passait avec son argent. Si la banque reconnaît qu’il y a bien eu dysfonctionnement, elle assure que depuis, tous les contrôles internes ont été réorganisés. Un discours qui ne convaint pas vraiment Gilles Guy-de Salins, l'auteur d’un rapport d’expert à la demande de Gérard Pujol (interview). La Cour de cassation doit se prononcer aujourd’hui dans cette affaire. Une enquête de Benoît Collombat.

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