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« L’Europe submergée par un exode massif de Syriens ! » Voilà ce qu’on entendait sans cesse à l’automne 2015 en France, dans les médias et dans les débats politiques. Mais les chiffres racontent une autre histoire : les réfugiés syriens ne veulent pas venir chez nous !

Les immigrés Syriens boudent la France

La Maire PS de Rennes, Nathalie Appéré au plus fort de la crise des migrants à l’été 2015, avait mobilisé près de 130 logements sur son agglomération pour accueillir des réfugiés, mais au final :

Nathalie Appéré, maire de Rennes
Nathalie Appéré, maire de Rennes © XIIIfromTOKYO@Wikicommons / XIIIfromTOKYO@Wikicommons

Sont arrivés uniquement sept nouveaux réfugiés syriens et je suis surprise comme la plupart de mes collègues maires, que nous n’ayons pas été forcément plus rapidement et plus massivement sollicités.

Même constat enHaute Garonne. Avec les maires de onze communes, le député socialiste Christophe Borgel avait identifié des logements disponibles. Six mois plus tard, seule une famille leur a été envoyée par la préfecture.

Entre le flot de réfugiés fortement médiatisé l’été 2015, les craintes qui s’étaient exprimées, le débat politique enflammé qui s’en était suivi, et enfin la réalité, il y a donc un gouffre. Les réfugiés syriens boudent la France, et les chiffres officiels le montrent comme l’explique Vincent Bourgeais, le porte-parole d’Eurostat qui centralise les statistiques européennes à Luxembourg :

Vincent Bourgeais, porte-parole d'Eurostat
Vincent Bourgeais, porte-parole d'Eurostat © Eurostat / Eurostat

Il y a eu 5000 demandes d’asiles de Syriens en France en 2015. C’est à peine 1,3 % de la demande globale en Europe. Ils ont été 100 000 à demander l’asile en Allemagne, 65 000 en Hongrie et 40 000 en Suède. Même la Bulgarie, les Danemark, la Belgique et l’Espagne ont accueilli plus de réfugiés que la France.

La plupart d’entre eux sont des hommes, jeunes, bénéficiant d’un haut niveau de formation et qui viennent seuls, en éclaireurs pour beaucoup, dans l’espoir de faire ensuite venir leur famille.

20 % des réfugiés Syriens en France ne sont pas venus par leurs propres moyens. L’OFPRA (Office pour les réfugiés et apatrides) et le HCR (Haut-Commissariat aux Réfugiés) se rendent dans les camps de réfugiés au Liban , en Jordanie, en Turquie et en Egypte. Ils proposent aux plus vulnérables de venir en France. Pour Céline Schmitt , la porte-parole du HCR en France :

C’est un devoir de solidarité envers les pays limitrophes de la Syrie qui portent la charge de l’accueil des réfugiés. C’est aussi une façon d’éviter qu’ils risquent leur vie en se lançant sur la route des Balkans.

La mauvaise réputation de la France

Si la France n’attire pas les Syriens c’est pour plusieurs raisons. Ils préfèrent d’abord se rendre dans des pays où leur communauté est déjà installée et ou des proches parlant leur langue sont à même de les accompagner. C’est le cas de l’Allemagne mais aussi de la Suède. Ils choisissent ensuite des destinations où ils ont plus de chance de trouver un travail et où les logements sont plus spacieux. Mais la France souffre aussi d’une mauvaise réputation comme le raconte la journaliste allemande Verena Von Derschau :

L’Allemagne a accueilli un million de personnes en 2015 et il n’y en a pas un qui vit sous une tente, dans la boue, sans médecin et sans eau courante, sans douche, comme c’est le cas à Calais ou à Grande-Synthe. Ils ont tous leurs smartphones, ça va hyper vite sur les réseaux sociaux et ils vous disent tous que la France a vraiment mauvaise réputation.

Confirmation donnée par cette Syrienne aujourd’hui hébergée dans un centre d’accueil de Créteil :

Vous avez l’image d’un pays peu accueillant, qui ne donne pas le statut de réfugié. Quand j’ai dit à mes amis que je voulais venir ici, ils m’ont tous dit, non, va en Allemagne mais pas en France.

Pascal Brice, le directeur général de l’OFPRA reconnait que notre pays souffre d’une mauvaise image :

Jusqu’à il y a trois ans, lorsque vous demandiez l’asile en France, vous aviez plus de chance d’être reconnu comme réfugié par le juge en appel, que par l’OFPRA en première instance. C’était une anomalie.

Une réforme de l’asile a été votée en juillet 2015. Elle simplifie les démarches et raccourcit les délais des demandes d’asiles. 97 % des demandes de Syriens ont été satisfaites. Mais le message n’est apparemment pas encore passé.

Une tendance qui pourrait s’inverser

Cette sous-représentation des Syriens en France pourrait cependant évoluer. D’une part, se met en place une politique dite de « relocalisation ». Des centres d’accueil et d’enregistrement des migrants (hot spots) déployés en Grèce ont pour but de les répartir en fonction d’objectifs fixés dans chaque pays européens. La France s’est ainsi engagée à en accueillir 30 000 à échéance de deux ans. 1600 logements, soit 5000 places, ont déjà été identifiés pour les recevoir : dans des centres de vacances, des centres de formation de l’AFPA ou des monastères… dans le même temps, certains pays perçus comme attractifs par les Syriens se ferment. Les événements de Cologn e ont tendu le débat enAllemagne . LeDanemark a voté la loi dite des « bijoux » qui permet à l’Etat de confisquer les biens des migrants pour financer leurs séjours. L’afflux vers ces pays pourrait donc se tarir et se réorienter vers d’autres pays, dont la France.

Une immigration souterraine

Reste le problème des migrants clandestins. L’association « Revivre » qui accompagne les Syriens dans leurs démarches reçoit sept familles en moyenne par jour. Le président d’honneur de l’association Michel Morzière constate :

Michel Morzière, président d'honneur de l'association "Revivre"
Michel Morzière, président d'honneur de l'association "Revivre" © JM/RF / JM/RF

Certains passent quinze jours à dormir dans des parcs avec leurs valises et ils nous disent qu’ils n’en peuvent plus. Eux échappent à l’organisation de cette relocalisation des réfugiés. Pour eux, c’est le régime des sans-abris. Or il n’y a pas de place dans les foyers d’urgence.

S’il arrive plus de migrants légaux, on devrait donc logiquement constater le même phénomène pour les clandestins. D’où l’inquiétude de l’association

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