Première fois qu'une étude est menée sur les orphelins et leurs professeurs : une enquête de l'institut Ifop, pour la fondation d'entreprise Ocirp.

Les enseignants ne savent pas comment parler aux enfants qui se retrouvent orphelins
Les enseignants ne savent pas comment parler aux enfants qui se retrouvent orphelins © Maxppp / Michael ESDOURRUBAILH

Comment accompagner ces élèves qui ont perdu une mère, un père, ou les deux ? Ils représentent 800 000 jeunes de moins de 25 ans en France, soit un élève par classe en moyenne (deux élèves par classe au lycée).

Les enseignants ne savent pas toujours trouver les bons mots

Un colloque est organisé ce jeudi au Conseil économique social et environnemental sur ce thème encore tabou. C’est la première fois qu'une étude est menée sur ces enfants et leurs professeurs, une enquête de l'institute Ifop, pour la fondation d'entreprise Ocirp.

Un adulte sur 10 a perdu un parent avant l'âge de 20 ans

David Miliat avait six ans lorsque ses deux parents sont morts dans un accident de voiture. Il se souvient encore de la réaction de son enseignante : "l'institutrice m'a fait sortir de la salle avec une excuse et elle a profité de ce moment pour expliquer à mes camarades que j'avais perdu mes parents. Et quand je suis revenu dans la classe j'ai senti qu'il s'était passé quelque chose et à partir de là j'ai eu plein de copains, on me faisait jouer dans toutes les équipes de foot, c'était un peu artificiel parce qu'on s'occupait de moi comme un orphelin. On a vraiment fait les choses dans mon dos et -même si j'avais six ans- j'ai vraiment eu l'impression qu'on me prenait pour un imbécile, ça m'a blessé et marqué."

73% des élèves orphelins font leur retour à l'école rapidement après le décès. Thomas Josse avait 10 ans quand sa mère a mis fin à ses jours. Il n'en parlait pas : "Je suis parti en classe de neige juste après. Sur les photos je vois juste un garçon souriant qui a l'air de profiter. Le fait que ma mère ait pu se suicider ça veut dire tout d'un coup que les adultes peuvent défaillir. Pour moi il fallait être fort. Mon père était démoli par ça et il fallait que lui s'en sorte, c'était une priorité que mon deuxième parent reste debout. Pour moi c'était important qu'il n'y ait pas d'autre drame et je faisais en sorte que tout soit lisse et donc d'avoir de bon résultats."

Pour ces orphelins, quel est l'impact sur leur scolarité ?

Certains sur-investissent l'école et réussissent brillamment, comme Thomas Josse. D'autres sont souvent en échec et décrochent.

  • 28% des adultes ayant perdu un parent pendant l'enfance ne sont titulaires d'aucun diplôme contre 17% pour l'ensemble de la population.
  • Plus des 3/4 des orphelins interrogés indiquent une baisse de concentration.

Perdre un ou deux parents n'est jamais neutre sur le parcours scolaire. D'où le rôle difficile des enseignants qui ne sont pas formés à gérer ces situations, comme l'explique Hélène Romano, docteur en psychopathologie : "Souvent les élèves n'en parlent pas, mais voudraient que leurs professeurs soient au courant. C'est essentiel que les enseignants soient informés, ça évite des maladresses pour éviter, par exemple 'profession du père et de la mère' sur la fiche de rentrée, ou le cadeau de la fête des mères. Ce sont de vraies souffrances quotidiennes et quand ils grandissent ces enfants le disent. Ce n’est pas évident pour les enseignants qui ne sont pas formés à tout ce qu'il y a autour de la mort".

72% des professeurs ont eu un ou plusieurs orphelins dans leur classe au cours de leur carrière. C'est le cas de Chantal Bohin-Loriot, enseignante en lycée. Elle a elle-même perdu son père lorsqu'elle avait 11 ans. Et a eu l'idée avec ses collègues de proposer une case spécifique sur les fiches de renseignement de début d'année : "On tient compte du métier de chacun des parents et on rajoute une ligne 'situation personnelle' ou tous simplement 'si vous avez des choses à nous préciser, n'hésitez pas à nous écrire ce qu'il en est. Ca laisse la liberté à chaque jeune de s'exprimer".

Parmi les pistes qui seront évoquées lors de ce colloque : un guide des bonnes pratiques avec des conseils, des recommandations selon l'âge, selon les causes du décès. La création de groupes de parole pour les enfants. Pour qu'ils sachent qu'ils ne sont pas seuls à avoir perdu un parent.

École et orphelins : mieux comprendre pour mieux accompagner
École et orphelins : mieux comprendre pour mieux accompagner / Fondation d'entreprise Ocirp

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