Pendant plusieurs mois, parrainés par des écrivains et journalistes, des détenus ont participé à des ateliers d'écriture pour un concours. Reportage à la prison de Valenciennes.

Maison d'arrêt de Valenciennes / illustration
Maison d'arrêt de Valenciennes / illustration © Maxppp / Didier CRASNAULT

Ils s'appellent Mohamed, Nathalie, Corine, François, et viennent de recevoir un prix dans le cadre d'un concours d'écriture en prison : "Au-delà des lignes", une première en France. La Fondation M6, l'Education Nationale et des établissements pénitentiaires du Nord de la France ont lancé ce concours en janvier dernier. 113 détenus y ont participé, sur le thème "Souvenirs de jeunesse". A leur sortie de prison, les lauréats bénéficieront d'une formation.

Parmi les treize établissements pénitentiaires participants : la maison d'arrêt de Valenciennes, où des ateliers d'écriture sont organisés toute l'année. Dans la salle de classe, tout à fait ordinaire avec un tableau, des affiches avec les règles de grammaire, un placard pour les fournitures, une enseignante et des élèves assis à leur table, on oublie vite qu'on est en prison. Deux fois par semaine, ils sont une dizaine d'adultes à y assister.

"Ça m'apporte beaucoup parce que ça permet de sortir de sa petite "chambre d'hôtel". C'est comme une impression de partir au travail. On se sent bien, ça fait une bonne coupure dans ces journées qui peuvent parfois paraître longues". Anthony.

L'ambiance est conviviale et les détenus disent tous que c'est un moment d'évasion pour eux. Joëlle Tournay le constate. Cette professeur des écoles de l'Education Nationale a longtemps travaillé en maternelle; elle est depuis huit ans à temps plein à la prison de Valenciennes, où elle donne des cours de remise à niveau en français, maths, et où elle anime ces ateliers.

"C'est une bouée de sauvetage. Il n'y a pas de jugement de valeur. On écrit pour le plaisir. Dans écrire, il y a les mots rire et cri. On ose écrire ce qu'on n'oserait pas dire. Par exemple, un détenu qui était en rupture complète avec son père, a repris confiance en lui et osé écrire une lettre à son père, et le contact s'est renoué. On s'enrichit les uns les autres, et il y en a qui constatent eux-mêmes leurs progrès". Joëlle Tournay. 

Grâce aux cours, les détenus peuvent obtenir une remise de peine de sept jours par mois, mais pas plus de trois mois par année. Mais surtout, ils retrouvent le goût d'apprendre et de se former. Environ 20% des détenus assistent à des cours ou suivent une formation. Ces petites parenthèses dans l'univers carcéral contribuent à apaiser le climat. Beaucoup d'ailleurs redoutent les vacances, comme Anthony, qui ne sort jamais en promenade.

"C'est vrai que dès qu'on m'annonce qu'il n'y a pas d'école ou d'atelier écriture, dans ma tête c'est une journée complète passée en cellule. Ça m'est déjà arrivé de passer une semaine entière en cellule à cause des vacances scolaires. Donc dès que j'ai l'occasion, j'y vais, et dans ma tête ça va un peu mieux". Anthony.

Les cours reprennent en général fin août pour que la coupure ne soit pas trop longue.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.