C'est une technique d'enquête devenue au fil des ans incontournable pour les policiers et les gendarmes : la géolocalisation. L'une des rares sociétés qui développe depuis quinze ans ce service pour enquêteurs a ouvert ses portes pour la première fois.

La géolocalisation est devenu un outil incontournable dans les enquêtes des policiers et gendarmes
La géolocalisation est devenu un outil incontournable dans les enquêtes des policiers et gendarmes © Maxppp / Alexandre Marchi

Nous sommes dans l'entreprise parisienne Deveryware. Au milieu d'une vaste pièce remplie d'ordinateurs, des ingénieurs sont assis à côté d'anciens policiers. Tous concentrés derrière leurs écrans, sur les logiciels qu'utilisent aujourd'hui en France, plus de 10 000 officiers de police judiciaire.

Dans tous les commissariats, toutes les gendarmeries, les enquêteurs se servent de plus en plus de la géolocalisation, technique d'enquête devenue vraiment incontournable, constate Jacques, l'un des co-fondateurs de Deveryware, il y a quinze ans. Il préfère qu'on ne l'appelle que par son prénom. 

"On s'aperçoit en quinze ans de la croissance de l'utilisation de cet outil. Aujourd'hui, on traite en gros 20 000 réquisitions judiciaires par an, alors qu'il y a quinze ans, on devait en faire une trentaine. C'est vraiment l'explosion de cet outil, très efficace. Il permet de suivre une cible, de le programmer pour obtenir des alertes quand une cible entre dans une zone, ou en sort. Ce qui évite aujourd'hui d'aller faire des planques pendant des heures à des endroits."

Les enquêteurs peuvent voir en temps réel, sur l'écran de leur ordinateur ou de leur téléphone portable, la cible qui clignote. La cible qui sort de chez elle. La cible qui va chez un potentiel complice. Prend une voiture pour traverser la France. La cible apparaît comme une sorte de point. Avec ces alertes, les enquêteurs peuvent suivre leur cible avec une grande précision.

La géolocalisation est devenue d'autant plus prisée que les délinquants cherchent de plus en plus à échapper aux policiers à travers des messageries cryptées. La demande de géolocalisation touche désormais toutes les enquêtes affirme Alain, l'un des directeurs de Deveryware. "Le besoin de localiser, il est vrai pour toutes les enquêtes. Cela peut aller de l'adolescent qui a fugué jusqu'à la recherche d'un criminel important." 

Dispositifs de géolocalisation
Dispositifs de géolocalisation © Radio France / Sophie Parmentier

Quand l'opérateur de téléphonie débloque la localisation d'un téléphone, ou d'une balise, sous l'autorité d'un juge, les enquêteurs peuvent repérer leur cible, en moins de trois secondes. Et la cible apparaît donc en mouvement sur une carte en trois dimensions, parfois même quand l'enquêteur se déplace lui aussi, ce qui est parfois utile lors des interpellations menées par les policiers et les gendarmes, poursuit ce directeur de Deveryware.

"Vous ne perdez plus de vue l'objectif"

"On a tous l'image de l'enquêteur qui fait une filature en voiture. Sauf que dès que la voiture n'est plus en vue, c'est fini. Grâce à ce système, la voiture n'est plus en vue visuellement, elle est en vue sur votre carte. Donc, l'idée, c'est que vous ne perdez plus de vue l'objectif, et que vous pouvez continuer votre filature, même si vous n'êtes plus à vue. Vous êtes protégé. Vous n'êtes pas visible. Et vous n'êtes pas perdu quand la cible a tourné et qu'elle n'est plus sous vos yeux."

La géolocalisation peut également faire avancer des affaires criminelles non élucidées, quand les fadettes (les factures téléphoniques détaillées ) ont été demandées à temps – la réquisition ne peut remonter au-delà d'un an – auprès de l'opérateur. Dans l'affaire de la disparition du caporal Arthur Noyer, pour laquelle Nordahl Lelandais a été mis en examen, la téléphonie et le bornage ont ainsi été des indices essentiels. Cette technique peut aussi être cruciale dans des traques comme celle qui a lieu en ce moment, contre Redoine Faïd, et sa spectaculaire évasion de la prison de Réau, début juillet.

La technique ne résout pas tout

Cette géolocalisation, cruciale, est cependant menacée aux yeux de certains, par la Plateforme nationale des interceptions judiciaires (PNIJ) depuis qu'un monopole des écoutes a été accordé à Thales pour les enquêtes judiciaires. Ledit monopole est très contesté, des enquêteurs se plaignant d'une moins bonne qualité d'interceptions. Des enquêteurs regrettent aussi que Thales ne soit toujours pas en mesure d'assurer la géolocalisation.

Des juges confient donc exceptionnellement cette mission à des entreprises, comme Deveryware ou encore Elektron. Mais ces petites sociétés ont peur de disparaître bientôt, exclues par l'Etat, et le porte-parole du syndicat des cadres de la sécurité intérieure, le capitaine de police Christophe Rouget, s'en inquiète aussi. "Ce qui est insupportable pour les enquêteurs, c'est qu'ils ont des outils à leur disposition. Seules ces sociétés privées peuvent apporter cette réponse de la géolocalisation, efficace, mais pour cela, il faut qu'elles aient assez de réquisitions par les enquêteurs de police, pour avoir un volume de marché conséquent. Sinon, elles ne peuvent pas faire d'investissement et elles vont être obligées de mettre la clé sous la porte et de mettre à mal toutes les enquêtes de police." Enquêtes qui progressent avec les logiciels de géolocalisation en constante évolution, bien sûr, mais la technique ne résout pas tout et "ne remplacera jamais un enquêteur de terrain", conclut un policier.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.