Paraphraser Jules Verne, c'est un peu l'objet de la campagne « Serpentine » menée en ce moment par l'IFREMER, l'institut français de recherche pour l'exploitation de la mer. A bord du « Pourquoi Pas », un navire océanographique, une 40aine de scientifiques français et russes vont explorer 3 sources hydrothermales et leurs alentours dans les grandes profondeurs. Un robot de plongée doit aller étudier les roches, les processus chimiques, les bactéries et les animaux à 4000 mètres sous l'eau. A cette heure, même s'il fait encore nuit là bas, on s'active sur le "Pourquoi Pas ?", le navire océanographique de l'Ifremer. Au large des Antilles, les 40 scientifiques embarqués travailllent en effet en 3/8 pour profiter au maximum des 5 semaines de campagne. Ils sont sur ce qu'on appelle la "dorsale atlantique", autrement dit la zone qui sépare 2 plaques tectoniques, celle de l'Afrique et celle de l'Amérique. Ils ont choisi 3 terrains de jeux très précis, découverts par les russes. Et s'ils ont voulu aller là, c'est parce qu'à ces points précis de la dorsale, les 2 plaques s'écartent doucement l'une de l'autre et font apparaître le manteau terrestre. De la même manière que si on déchire une chemise, on fait apparaitre la peau, si on déchire la croute terrestre, on met à nu le manteau. Et quel est l'intéret de ce « streap-tease » géologique ? A cette question, voici la réponse du responsable de la campagne, Yves Fouquet, de l'Ifremer (interview). C'est un peu la caverne d'Ali Baba dans ces grandes profondeurs ! Du pétrole mais aussi de l'or, de l'argent, du cuivre, du cobalt. D'autant plus que les quantités sont loin d'être négligeables. Et à l'heure où les besoins mondiaux augmentent, où le cours du cuivre a augmenté de 320% ces 3 dernières années et celui du zinc, de 350%, ces ressources sous marines sont convoitées (interview). L'an dernier, une compagnie australienne a déposé un permis minier pour exploiter une mine riche en or et en cuivre au large de la Papouasie. Pour l'instant, pour des raisons juridiques, seules les zones territoriales sont susceptibles d'être exploitées. Si l'on songe que la France, grâce à ses possessions outre-mer dispose du 2ème territoire maritime mondial, alors on réalise l'avantage dont elle dispose déjà. Même si pour l'instant, notre pays se cantonne à financer de la recherche pure, non prospective. Hormis les géologues, les zones hydrothermales intéressent les biologistes. Ils sont sur zone eux aussi, les habitants des zones hydrothermales : des moules, des sortes de crevettes, des énormes clams… Des animaux de l'extrême. Ils vivent dans le noir complet, à de très fortes pressions, là où abondent - on l'a dit - l'hydrogène, le méthane, des choses pas très sympathiques. On connait à ce jour 700 espèces différentes. Sûrement une goutte d'eau dans ce que doit être la biodiversité marine. Il faut poursuivre l'inventaire. Et puis, il y a un autre intérêt à aller voir dans les grands fonds, explique le biologiste Daniel Desbruyères (interview). Ces applications sont-elles à portée de main de la recherche ou relèvent-elles de la science fiction ? Ce sont des espoirs. On en est encore loin. Certaines découvertes de l'Ifremer sont déjà protégées par des brevets. Comme ces bactéries, capables de produire des biopolyesters, pour simplifier des plastiques biodégradables. Formidable ! C'est LA solution pour lutter contre nos actuels sacs plastiques issus du pétrole. Oui, sauf que... Ecoutez le responsable de la valorisation des produits biologiques de l'Ifremer, Jean Guézénec (interview). Un dossier de Sophie Bécherel, spécialiste des questions scientifiques à France Inter.

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« Serpentine », exploration scientifique des fonds marins

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