Une juge parisienne doit se prononcer dans quelques jours sur les suites à donner à une plainte déposée contre trois chefs d'Etat africains : le Gabonais Omar Bongo, le Congolais Denis Sassou Nguesso, et le président de la Guinée équatoriale, Teodore Obiang. Ils sont soupçonnés d'avoir détourné des biens publics pour s'offrir en France des propriétés et des voitures de luxe. La liste est longue : on y trouve des hôtels particuliers, des villas fastueuses, des Porsche, des Ferrari, des comptes bancaires par dizaines. C'est une enquête de police qui a révélé ces patrimoines de milliardaires à la suite d'une première plainte classée sans suite. Début décembre, une nouvelle plainte a été déposée par une ONG, Transparence International, et par un contribuable gabonais. Les détournements sont incontestables, selon l'avocat William Bourdon, qui préside l'association Sherpa à l'origine des plaintes (interview). Climat lourd car les plaignants font l'objet de menaces. Le Congolais Benjamin Toungamani, qui habite près d'Orléans, devait se joindre à la plainte mais il a reçu plusieurs coups de fil inquiétants, notamment le 28 novembre dernier (interview). Benjamin Toungamani porte plainte pour ces menaces mais se retire du dossier « biens mal acquis ». Il n'est pas le seul à avoir été menacé. Bruno Ossébi, lui, a même trouvé la mort. C'est un journaliste franco-congolais qui vivait à Brazzaville. Le 21 janvier, un incendie dévaste sa maison et tue sa compagne et ses deux filles. Lui s'en sort, mais meurt curieusement quelques jours plus tard à l'hôpital alors que son état s'est amélioré. Rien ne prouve qu'il s'agit d'un incendie criminel mais le même jour, la maison de Benjamin Toungamani près d'Orléans a également pris feu (cette fois sans faire de victime). Etrange coïncidence. Jean Mercart, du Comité catholique contre la faim et pour le développement, qui a signé un rapport sur les biens mal acquis, a pu contacter des opposants congolais (qui ne peuvent s'exprimer dans la presse) à Brazzaville. Il n'y a aucun doute, dit-il (interview). Nicolas Sarkozy doit se rendre au Congo à la fin du mois lors d'une tournée africaine. La situation est aussi très tendue au Gabon. Le contribuable gabonais qui porte plainte, Grégory Ngbwa Mintsa, a été emprisonné deux semaines début janvier pour "propagande en vue de déstabiliser le régime". Il vit dans la crainte d'un "accident", dit-il, depuis le dépôt de la plainte (interview). Les autorités gabonaises, elles, dénoncent depuis plusieurs jours "l'acharnement" des médias français et la complicité du Quai d'Orsay. René Ndemezo'biang est le porte-parole du gouvernement gabonais (interview). Le sentiment anti-français monte au Gabon. Certains prédisent même un scénario ivoirien. Dossier explosif donc que celui des biens mal acquis. Les plus hautes autorités politiques, en France comme en Afrique, attendent la décision de la doyenne des juges d'instruction. Une enquête de Franck Mathevon.

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