Il y a encore un an c'était un lieu vivant et vibrant, le quartier du Marais au cœur de Paris n’est plus que l’ombre de lui-même Les boutiques la journée, les bars gays la nuit, les confinements successifs ont peu à peu éteint la vie de ce haut-lieu parisien. Dernier épisode de notre série de zoom, un an après le Covid

Le tango, l'un des plus vieux dancing de Paris, est à vendre
Le tango, l'un des plus vieux dancing de Paris, est à vendre © AFP / Hans Lucas / Noémie Coissac

"La vie nocturne de ce quartier a complètement disparu aujourd'hui, il n'y a personne, il y a uniquement les habitants. Là, on est quand même dans l'hypercentre historique. On croise un passant tous les cent mètres, ce n'est pas Paris." 

Alors qu'approche l'anniversaire du confinement, on ne peut que constater que le quartier du Marais au cœur de Paris n’est plus que l’ombre de lui-même. Les boutiques la journée, les bars gays la nuit : les confinements successifs ont peu à peu éteint la vie de ce haut-lieu parisien. 

La seule trace des soirées gays du Marais, c'est un arc en ciel dessiné sur la chaussée, les bars, les discothèques comme le Raidd, le Banana Café ou le Gibus, ont baissé le rideau sans savoir s'ils réussiront à rouvrir. Le Tango, l'un des plus vieux dancing de Paris est à vendre. Et à la Mutinerie, Claire regarde la dette s'alourdir de 5 000 euros supplémentaires chaque mois : "On vit un peu dans l'attente de savoir quand on va rouvrir. Dans l'attente que les prochaines dettes tombent. C'est une source d'angoisse à la fois pour le lieu. C'est une source d'angoisse aussi pour notre communauté. Au-delà d'être un bar, c'est aussi un lieu de socialisation pour plein de personnes qui n'ont pas forcément la liberté de vivre leur orientation sexuelle au grand jour. Pour qui l'isolement est déjà une problématique à la base."

Isolement et silence aussi autour de la place des Vosges. Les touristes ont disparu dès le début du confinement, plus un bruit d'appareils photo, plus un groupe de Japonais ou d'Américains et plus aucun client pour pousser la porte de Bring France Home, la boutique de souvenirs de Mathilde Bohrmann. "Là on passe des journées où on voit absolument personne, entre la fermeture des frontières, des musées et des salles de spectacle, la fin de tout ce qui fait que les gens pourraient avoir envie de venir nous voir, on est à moins 70 % de chiffre d'affaires. On attend. Si on ferme, on perd notre droit de bail, on perd notre emplacement, on perd tout ce qu'on a construit." 

"Si je voulais vendre, qui va m'acheter en ce moment et à quel prix ?" 

Dans les ruelles du quartier, les panneaux à louer se multiplient. La Fédération du commerce spécialisé Procos mesure une chute de 89% de la fréquentation dans le Marais. Tout s'est aggravé à l'automne, explique Thierry Pauly, propriétaire du restaurant  l’Ange20. Il a fait une croix sur le foie gras et la cuisine gastronomique. Maintenant il sert des salades et des cheeseburger frites à emporter à 10 euros pour essayer d'éviter la faillite. "La vente à emporter actuellement, ça m'évite un tout petit peu de tourner en rond et de devenir fou à la maison et d'éviter de tomber dans la dépression. C'était le travail de dix ans. J'ai mis toutes mes économies là-dedans. Sur le premier bilan, j'ai 50 à 60.000 euros qui sont partis en fumée. Là, je ne sais pas trop où on va. J'ai dû monter pour sauver mon entreprise. Même s'il y a eu le chômage partiel, il y a quand même encore une partie de l'argent qui reste à notre charge. Je dois trouver plus de 3.500 euros de prêt à rembourser tous les mois. Même si je voulais vendre, qui va m'acheter en ce moment et à quel prix ? Et là, on n'est plus dans le découragement qu'autre chose." 

Un découragement partagé autour du BHV, le grand magasin attirait, dans les petites boutiques et chez les créateurs du quartier des centaines de clients. Sa fermeture, fin janvier, a été un coup de massue. Impossible de compter sur la Fashion Week pour se rattraper. Le secteur de la mode a commencé à sombrer dès le début de la crise. Pascal Fonquernie dirige le site touristique parismarais.com. "Là, on se trouve rue de Poitou, devant l'hôtel du Petit Moulin, dessiné par Christian Lacroix. Toute la jet set de la mode restait là. Et ne serait-ce qu'il y a deux ans, on voit que cet hôtel est aujourd'hui fermé avec des contreplaqués sur la vitrine, des tag. Le chiffre d'affaires des petits commerces ici de mode et d'accessoires. C'est 50% de clientèle internationale sans les touristes. Ce quartier n'a pas beaucoup de chance de remonter vite la pente." 

Conséquence : le principal site Internet du quartier, qui vit grâce aux réservations d'hôtels et à la publicité, n'a pas généré de chiffre d'affaires depuis un an. Même si les aides d'État et les bons d'achat lancés par la mairie du centre ont pour l'instant évité le chaos économique, l'âme du Marais s'étiole peu à peu. 

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