Enlevés il y a une semaine, les quatre volontaires d'Action Contre la Faim - 2 Français, une Bulgare et un Belge - et leurs deux pilotes kényans - sont toujours détenus en Somalie. On apprend aussi ce matin qu'un travailleur humanitaire américain et son chauffeur ont été tués au Pakistan. Comment les ONG peuvent-elles garantir la sécurité de leur personnel dans des zones à risques ? Chaque situation est différente et le risque zéro n'existe pas, mais le constat est alarmant. Les attaques contre les ONG, même si elles ne sont pas nouvelles, se multiplient, notamment par la présence dans les zones d'intervention humanitaire, de groupuscules, de forces irrégulières. Et puis surtout, depuis une décennie, avec la montée en puissance de jihadistes violemment anti-occidentaux. Dans ce contexte, les ONG essaient de se fondre dans le paysage local, de rester neutre et surtout d'avoir l'oreille de toutes les parties et factions locales. C'est en tout cas la tactique adoptée par Médecins Sans Frontière, comme l'explique Thierry Durand, directeur des opérations (interview). La sécurité des personnels humanitaires passe aussi par une meilleure formation aux risques, mais dans ce domaine, il reste encore beaucoup à faire. Faute de temps, dans l'urgence, les humanitaires ne sont pas forcément bien préparés. Benoit Sylve, directeur de BIOFORCE, une association lyonnaise qui propose des formations dans le domaine de la sécurité aux ONG, et bien lui, regrette une prise de conscience insuffisante chez les humanitaires, alors même que le coût financier n'est pas un obstacle (interview). Au-delà de la formation, quand les risques sont trop grands sur le terrain, les ONG décrochent et mettent en place un pilotage à distance de leurs projets. C'est le mode opératoire en Afghanistan et en Irak de MSF, qui ne désespère pas de revenir dans ces deux pays, mais pas à n'importe quelle condition, précise Thierry Durand (interview). Le débat tourne autour de la « militarisation » de l'aide humanitaire, sujet très sensible. Les crises se multiplient, les humanitaires sont des cibles faciles et tentantes dans les zones deshéritées. Les conflits sont souvent nourris par le sous-développement. Prendre en otage des humanitaires, c'est une source de revenus pour des groupes locaux, politiques ou simplement mafieux, comme le souligne Alain Gerardin, directeur adjoint de Géos, une société de gestion du risque, qui n'est pas très optimiste pour l'avenir (interview). Un reportage de Christian Chesnot.

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