Après l'industrie, la délocalisation gagne le secteur des services, un mouvement qui avait jusqu’ici peu concerné la France. Mais l'assureur AXA a brisé un tabou en annonçant, il y a 15 jours, qu’il allait délocaliser 1500 emplois au Maroc dans les 6 prochaines années. Le plan est examiné aujourd'hui au cours d'un Comité central d'entreprise. Dans les prochaines années chez Axa, un recrutement sur deux se fera à l'étranger. Axa n'a pas voulu nous répondre. Les délocalisations sont courantes depuis les années 90 pour les banques et assureurs anglo-saxons. Le britannique Aviva a annoncé récemment 4000 supressions de postes en Grande-Bretagne pour embaucher en Inde. La filiale britannique d'Axa a déjà délocalisé. Mais dans les services financiers en France c'est une première et une trahison pour Maurice Zylberberg, délégué central de la CFDT, premier syndicat (interview). Pour les entreprises, ces délocalisations représentent une source d'économies considérables. Des cabinets de conseil spécialisés se sont même créés. C'est le métier de Nicolas Golstein, PDG de Offshore developpement à Paris (interview). Et pour l'avoir oublié, certaines entreprises anglo-saxonnes décident parfois de relocaliser. Dernier exemple, Powergen, le numéro 2 britannique de l'énergie, a décidé de fermer ses centres d'appel en Inde, les clients se plaignaient du service. L'Inde, où vu l'afflux de sociétés étrangères, les salaires ont d'ailleurs beaucoup augmenté. Et dans les pays en voie de développement, les délocalisations sont perçues comme une chance. Le gouvernement du Maroc en a même fait un axe majeur de sa politique économique et accorde aux entreprises étrangères des conditions très avantageuses. Axa va s'installer dans un centre construit spécialement à Casablanca, comme l'explique Zakaria Fahim, le président du centre des jeunes dirigeants marocains (interview). Le Maroc espère que ces délocalisations dans les services créeront près de 100 000 emplois d'ici 2015. C'est toujours très difficile de mesurer l'ampleur des délocalisations. Une seule certitude pour les économistes, comme Olivier Pastré, elles vont se développer (interview). Les syndicats d'AXA sont en train de réfléchir à d'éventuelles actions pour sensibiliser l'opinion. Après celles de Hewlett-Packard l'année dernière, la délocalisation des cols blancs sera peut-être un des thèmes du débat présidentiel. Un dossier de Sara Ghibaudo.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.