Alors que le gouvernement s'apprête à dévoiler son plan de lutte contre les déserts médicaux, la Saône-et-Loire a décidé de recruter et rémunérer directement les médecins.

Le département de Saône-et-Loire a décidé de recruter directement des médecins libéraux pour lutter contre les déserts médicaux.
Le département de Saône-et-Loire a décidé de recruter directement des médecins libéraux pour lutter contre les déserts médicaux. © Maxppp / Maxppp

Le gouvernement doit dévoiler ce 13 octobre, son plan de lutte contre les déserts médicaux. Un vrai casse-tête pour de nombreuses collectivités qui multiplient depuis plusieurs années, les opérations séduction envers les jeunes médecins, parfois en vain. La Saône-et-Loire a décidé de lancer une campagne pour recruter directement ses futurs docteurs.

La Saône-et-Loire, quatrième région la plus désertée

Dans ce département, la densité des médecins est déjà inférieure à la moyenne nationale. Les effectifs de médecins généralistes ont baissé de 11% ces dernières années. Mais surtout, les praticiens en place sont de plus en plus âgés : 35% d’entre eux ont plus de 60 ans. Pour l’instant, la relève n’est pas assurée. D'ici cinq ans, si rien ne change, la situation pourrait bien devenir catastrophique.

Les déserts médicaux en France.
Les déserts médicaux en France. © Visactu / Visaactu

À La Roche-Vineuse, commune de 1.500 habitants à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Mâcon, plusieurs médecins exercent dans un centre de santé. Problème, l’un de ces professionnels part à la retraite d’ici quelques mois, sans successeur pour le moment, de quoi inquiéter les patients. "Je ne sais pas qui va me soigner. Peut-être qu’on va me rediriger vers d’autres médecins déjà surchargés", confie l’un d’entre eux.

"Tout le monde est en difficulté, que ce soit en campagne ou en ville "- Gérard Montagnon, président du Conseil de l'Ordre des médecins de Saône-et-Loire

Jean-François Peguet, maire de Saint-Christophe-en-Brionnais, petit village de 500 habitants, recherche en vain un docteur depuis le départ de l'ancien médecin, en 2001."Les gens sont obligés de faire une quinzaine de kilomètres pour trouver un médecin. Il y a des gens qui sont partis car ils ont peur du vide médical", explique l'élu.

Des médecins, salariés du département

Face à ce constat, le Conseil général de Saône-et-Loire a décidé d’agir. Le président du département s’est rendu compte que les incitations financières à l’installation, ne suffisaient pas et surtout que les jeunes n’ont plus envie de s’installer en libéral avec des journées de travail à rallonge. André Accary propose donc, dans le cadre de l'ouverture d'un centre départemental de la santé en janvier 2018, de recruter les médecins directement, comme des fonctionnaires territoriaux. Il leur promet un salaire fixe, des semaines de 35 heures et des locaux payés par les communes. "Le contrat que l’on offre permet d’exercer sur un rythme plus humain", selon lui.

Les médecins seront payés entre 4.000 et 6.0000 euros net par mois. Le département table sur 30 recrutements d’ici fin 2018. Ce dispositif est une première en France et finalement, un pari qui soulève autant d’enthousiasme que d’inquiétude. À La Roche-Vineuse, le docteur Claude Bonniel se demande si ce n’est pas la mort annoncée de l’exercice libéral : "C’est un projet de fonctionnarisation de la médecine. On passe d’une médecine de patientèle avec la notion de ‘médecin de famille ‘ à une médecine de service", précise-t-il. La campagne de recrutement a démarré il y a deux semaines et le département a déjà reçu plusieurs CV, de jeunes mais aussi de médecins moins jeunes, lassés justement de l’exercice libéral et des contraintes qui vont avec.

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