Après des bombardements ce week-end, le conflit, qui a pris de l'ampleur avec l'implication de la Turquie et de mercenaires syriens, a coûté la vie à des centaines de soldats et de civils. Reportage avec les habitants restés à Stepenakert, capitale de cette enclave arménienne en Azerbaïdjan.

Dans la capitale du Haut-Karabagh arménien, Stepanakert, les conséquences des bombardements aveugles des azéris. 5 octobre 2020.
Dans la capitale du Haut-Karabagh arménien, Stepanakert, les conséquences des bombardements aveugles des azéris. 5 octobre 2020. © Radio France / Claude Bruillot

Lentement, sans paniquer malgré les bombardements à l'extérieur, comme pour défier l'ennemi, Makbet prend son temps pour nous conduire à travers un corridor poussiéreux en terre battue, dans les caves de son immeuble, au coeur d'un quartier au Nord-Est de Stepenakert. À 68 ans, ce vétéran arménien de la première guerre du Haut Karabakh, en 1992, dit qu'il est fier du courage des 8 femmes qui partagent avec lui une pièce de 30 mètres carrés. "Nos femmes ont survécu à la première guerre et vont survivre à la deuxième et à la troisième aussi. Elles sont magnifiques, elles résistent... En tant que femmes, elles soutiennent vraiment nos hommes."

"Nous sommes là, c'est notre différence avec eux"

Ce sont des mères, des soeurs ou des épouses de soldats arméniens partis au front. Elles vivent là sous terre depuis deux semaines, comme Donara, 62 ans, professeure de langues étrangères : "Nous avons peur. Nous restons ici et nous écoutons la sirène et comment la bombe tombe.Toutes les nuits nous restons ici. Quant il n'y a pas de sirène, nous sortons pendant le jour".

- "Vous avez espoir que la guerre va s'arrêter ?

- Oui, j'ai confiance. "

Donara et ses voisines ont installé une icône orthodoxe sur le rebord d'un mur. Elles essaient de trouver le sommeil sur des matelas posés à même des pierres ou des planches. Avant d'éteindre la lumière, Laura, 36 ans, et mère de deux enfants réfugiés en Arménie, ne décolère pas contre les ennemis azerbaidjanais qui ne respectent rien en bombardant des civiles sans défense : "C'est une tragédie pour nous. Les Azerbaidjanais ne pensent même pas qu'ils ont des blessés, des fils tués...C'est notre différence avec eux. Vous voyez, nous sommes là. Bien sûr nous pourrions partir... mais nous ne le ferons pas. Parce que aujourd'hui, sur la ligne de front, ce sont nos maris, nos frères !"

"Nous sommes des hommes sages"

Personne ne parle en revanche des bombardements arméniens sur Ganja, la deuxième ville d'Azerbaidjan, avec là aussi des victimes civiles, dans ce conflit qui parait sans fin, car jamais vraiment abordé sur le fond. 

Mikhail Roshchine, chercheur à l'institut d'études orientales à Moscou, observateur international dans le Haut Karabakh entre 1996 et 1998 : "Les arméniens sont un peuple historique, le premier royaume chrétien. À cause de cela, il y a des différences de mentalité entre ces deux peuples. Du point de vue du droit international, la terre ici appartient à l'Azerbaïdjan. Mais d'un autre côté, il y a aussi le droit à l'autodétermination. Le droit international ne le respecte pas tout à fait parce que, vous voyez, quand l'organisation des Nations-Unies a été formée, c'était la priorité des états, pas la priorité à l'autodétermination".

Avant de quitter les caves de cet immeuble de Stepenakert sous les bombes comme beaucoup d'autres, nous sommes attirés par un filet de lumière sous une porte, et quelques notes de musique. Dans un réduit de dix mètres carrés vit Oleg, 72 ans. Il ne peut pas dormir, alors il range quelques vieilles affaires, boit du thé et met la musique pour couvrir le bruit des sirènes et des bombes : "Le malade peut avoir peur mais nous ne sommes pas malades. Nous sommes des hommes sages. Nous, peuple du Haut Karabakh, nous sommes forts."

Bientôt le jour va se lever sur Stepenakert. Encore une nuit de passée à tenir, disent Oleg, Donara, Makbet, Laura et tous les autres, les habitants des caves, qui attendront l'accalmie pour sortir admirer les montagnes autour. Leurs montagnes.

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