Brachay, petite commune de la Haute-Marne, devenue un symbole, celui des "oubliés". C'est ainsi que Marine Le Pen surnomment les gens d'ici depuis 2012, et son premier discours dans le village. Marine le Pen, revenue ensuite tous les ans. Mais c'est terminé. Sa rentrée 2018 aura lieu à Fréjus ce weekend.

Gérard Marchand, maire de Brachay, ancien frontiste passé chez Les Patriotes.
Gérard Marchand, maire de Brachay, ancien frontiste passé chez Les Patriotes. © Radio France / Elodie Forêt

Volets gris, petit perron soigné. A Brachay, c'est l'une des premières maisons que l'on aperçoit, celle d'Alain Philippe, retraité du bâtiment et des travaux publics. Le même nom de famille que le premier ministre, dit-il en souriant, "mais ce n'est pas pour ça que je l'aime!" Alain se souvient très bien de 2012, du premier discours de Marine Le Pen au village, "pour moi, c'était la meilleure fois, il y avait moins de monde, c'est là que j'ai discuté le plus avec elle, de politique et de bien d'autres choses". Alain raconte. "Le maire avait donné sa signature au FN pour la présidentielle. La personne de la signature avait demandé, que peut-on faire pour vous? Le maire a répondu, j'aimerais bien qu'elle vienne me voir. Elle a dit que c'était d'accord."

On trouvait ça très bien qu'elle vienne voir les oubliés

Alain, retraité, "Marine à Brachay? je savais que ça ne durerait pas éternellement!"
Alain, retraité, "Marine à Brachay? je savais que ça ne durerait pas éternellement!" © Radio France / Elodie Forêt

Ça ne nous a pas apporté d'argent

Pour Alain, la venue de Marine Le Pen n'a rien apporté d'extraordinaire, à part la popularité, ces journalistes qui venaient de partout. Pas d'argent, "à part la recette de la buvette".

Derrière la maison d'Alain, les petites rues calmes de Brachay, ses jardinières bien entretenues. Aucune trace de la folie des rentrées frontistes. Attablé dans sa cuisine, le maire, Gérard Marchand se souvient de ces beaux moments, des 48 heures avant où il ne fermait pas l’œil. Mais comme beaucoup de frontistes, Gérard Marchand a été déçu, blessé même, par le débat d'entre deux tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Puis ce fut la rupture avec Floriant Philippot. Gérard Marchand l'a suivi et adhère maintenant aux Patriotes. Mais si la patronne du RN ne vient plus, assure t-il, c'est qu'elle en avait fini avec ce cycle.

Brachay, c'était une goutte d'eau dans son livre politique

Une maison derrière la mairie. Cette jeune habitante de Brachay ne souhaite pas donner son nom, trop de répercussions par le passé, après avoir témoigné dans certains médias. "Limite on était insultés. A les écouter, on était du Moyen-âge. Mais pas du tout! On est réalistes c'est tout". Déçue de ne plus voir Marine, elle est aussi soulagée. "Ca ramenait aussi les problèmes" confie t-elle, racontant la foule, les forces de l'ordre qui fouillaient tout le monde, la peur des attentats. 

La mairie de Brachay, où Marine Le Pen était accueillie depuis 2012
La mairie de Brachay, où Marine Le Pen était accueillie depuis 2012 © Radio France / Elodie Forêt

Comme cette habitante, 43 personnes a Brachay ont voté pour Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. A quelques centaines de mètres, plus au sud dans la vallée, autre ambiance. A Charmes-en-l'Angle, le maire, Charles Dubois, n'est pas franchement peiné que la patronne du RN ne revienne pas. Et pour cause, dans cette commune, la plus petite de la Haute-Marne, jamais un administré n'a mis un bulletin Front National dans l'urne. "Nous sommes les irréductibles gaulois!"

Elle venait car aucun autre homme ou femme politique ne vient

Dans cette région, raconte Charles Dubois, l'industrie a pratiquement disparu. "Les forges, il n'y en a plus. Même le travail du bois, il y avait 40 entreprises il y a 20 ans, aujourd'hui il y en a 7. Les gens ont l'impression que personne ne peut rien faire pour l'emploi.  Et ils se sentent oubliés."

A Brachay, seules les affiches de l'UPR subsistent sur le panneau d'affichage
A Brachay, seules les affiches de l'UPR subsistent sur le panneau d'affichage © Radio France / Elodie Forêt

Et si un autre homme ou femme politique venait à Brachay? "Tout ce qui est politique aujourd'hui, ça se démonte entre eux, tout le monde est mis en examen..." se désole Gérard Marchand "si ils venaient un peu dans nos campagnes, voir le niveau des retraites... ils verraient ce qu'est la vie difficile."

Quand elle faisait ses discours, on était plus gaillards

Les hommes politiques qui passent dans la région maintenant, constate le maire de Brachay, filent comme des éclairs. Un soupir. "On est oubliés, on restera dans notre trou. On est bon qu'à garder nos vaches et puis c'est tout."

Mais si à l'oubli, Brachay n'était pas condamné. Comme une lueur, cette petite vitalité démographique, 3 habitants de plus ces dernières années. 

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