Six mois consécutifs sans croissance pour la première économie d’Europe. Cela ne fait désormais plus de doute. L'Allemagne va entrer en récession. Sa production industrielle est au plus bas depuis 20 ans. Un secteur-clé comme l’automobile souffre. Reportage à Wolfsburg, la ville-symbole de Volkswagen.

La ville de Wolfsburg, en Allemagne, vit au rythme de l’usine Volkswagen
La ville de Wolfsburg, en Allemagne, vit au rythme de l’usine Volkswagen © Radio France / Ludovic Piedtenu

C’est dans ce contexte économique morose que la 68ème édition du salon de l’automobile (IAA) s’ouvre ce jeudi 12 septembre 2019 à Francfort. 

Beaucoup plus au nord, en Basse-Saxe, Wolfsburg est la ville-symbole du plus gros constructeur mondial, Volkswagen. Cette ville de plus de 120 000 habitants abrite la plus grande usine automobile du monde.

10 millions de personnes vivraient grâce à Volkswagen 

Personne ici n’imagine rouler autrement qu’en Volkswagen. Le logo est présent partout. La ville est alimentée par la centrale électrique Volkswagen qui chauffe des maisons Volkswagen. Cela fait 80 ans que l’usine emblématique de la marque a été construite le long du Mittellandkanal (plus long canal d'Allemagne) et autant d’années que le cœur de cette ville bat au rythme des succès et des déboires de Volkswagen.

Ralf Brandstätter en est un des directeurs. Il voit comme tout le monde les nuages noirs s’accumuler mais refuse de céder au pessimisme. Il insiste sur le nombre de personne en jeu. "Volkswagen emploie au total 200 000 ouvriers" explique-t-il. "On dit que chaque emploi en crée 10 autres chez nos sous-traitants. Cela fait déjà un total de plus de 2 millions de personnes, qui dépendent de Volkswagen."

Ralf Brandstätter, l'un des dirigeants de Volkswagen, refuse de céder au pessimisme
Ralf Brandstätter, l'un des dirigeants de Volkswagen, refuse de céder au pessimisme © Radio France / Ludovic Piedtenu

"On ajoute à cela leurs familles, on compte trois ou quatre personnes dans un foyer et nous en sommes à 6 ou 8 millions de personnes, qui dépensent leur argent un peu partout. Ce qui nous donne, en extrapolant un petit peu, 10 millions de personnes qui dépendent de notre succès et c’est pourquoi nous disons que nous avons une responsabilité particulière envers eux" conclut Ralf Brandstätter.

Plusieurs voyants sont au rouge notamment les exportations

En Allemagne, l’automobile est un pilier de l’économie.

L'automobile comme l'ensemble de l'industrie réalise la moitié de son chiffre à l’export. C’est la particularité de l’économie allemande qui subit plus que d’autres les incertitudes au niveau mondial et elles sont nombreuses : risque de Brexit, tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine...

Les exportations sont donc en chute libre. La production industrielle est tombée au plus bas depuis 20 ans. Le moral des entrepreneurs comme celui des investisseurs n’a jamais été aussi morose depuis la crise financière de 2008-2009.

Et si l'économie allemande ne s'effondre pas davantage, c'est grâce aux Allemands ! La consommation des ménages reste forte et compense la mauvaise passe que traverse l'industrie grâce à un taux de chômage très bas (sous les 5%) et des salaires qui ont augmenté ces dernières années. Une forme de patriotisme économique aussi. La demande intérieure est aussi stimulée par une politique fiscale généreuse mais jusqu’à quand ? Car ce chiffre là aussi montre des premiers signes de faiblesse.

Un semblant d'optimisme

L'institut allemand pour la recherche économique, DIW, à Berlin, a publié mercredi 11 septembre ses nouvelles prévisions de croissance (Documents disponibles en allemand et en anglais). L'année 2019, qui connaît donc six mois de croissance négative, devrait s'achever sur une légère hausse de 0,5%. L'institut revoit à la baisse sa prévision pour 2020 tout en tablant sur une reprise des exportations : 1,4% au lieu de 1,7%. Même taux de croissance du PIB en 2021 : 1,4%. Ces prévisions sont conditionnées à l'amélioration du climat mondial.

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