Au terme d'une campagne de vaccination éclair, Gibraltar (34 000 habitants) est devenue la première nation au monde à avoir complètement vacciné sa population adulte. Le couvre-feu a été levé, les masques disparaissent, tandis que bars et restaurants font le plein.

A Gibraltar, le masque n'est plus obligatoire dans la rue et bars et restaurants sont ouverts
A Gibraltar, le masque n'est plus obligatoire dans la rue et bars et restaurants sont ouverts © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Gibraltar, 34 000 habitants, petite oasis tout en bas de l'Europe. Sur Main Street, on se presse dans les boutiques, aux terrasses des cafés et restaurants. La jeunesse envahit de nouveau les pubs et bars d'Ocean Village ou de Chatham. Le masque n'est presque plus qu'un mauvais souvenir, son port n'est requis que dans les boutiques et les transports en commun. Il n'y a plus un seul malade Covid à l'hôpital et aucun nouveau cas n'a été signalé depuis près d'un mois.

Les bars d'Ocean Village à Gibraltar font de nouveau le plein
Les bars d'Ocean Village à Gibraltar font de nouveau le plein © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Opération Liberté

Une liberté retrouvée grâce à une campagne de vaccination planifiée et menée avec la précision d'une opération militaire. Nom de code : "Operation Freedom" (Opération liberté). Une campagne élaborée à près de 2 000 kilomètres de là, dans les bureaux de Downing Street à Londres. Boris Johnson n'a pas oublié ses territoires d'outre mer, les "dépendances" britanniques, et dépêché gratuitement les précieuses doses des îles Caïmans jusque dans l'Océan indien. Ce sont d'ailleurs des avions de la Royal Air Force (RAF) qui ont convoyé les vaccins à Gibraltar. 

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Le gouverneur de Gibraltar, Sir David Steel, se souvient de l'arrivée du premier avion de la RAF : "C'était un soir pluvieux mais il régnait sur "Gib" une atmosphère incroyable"

Sir David Steel, Gouverneur de Gibraltar, se félicite de l'opération Liberté, menée conjointement avec Londres qui a permis de vacciner toute la population du territoire
Sir David Steel, Gouverneur de Gibraltar, se félicite de l'opération Liberté, menée conjointement avec Londres qui a permis de vacciner toute la population du territoire © Radio France / Marie-Pierre Vérot

"Tout Gibraltar avait les yeux rivés sur son poste de télévision ou son écran de téléphone pour regarder l'arrivée de l'avion. Il y avait une incroyable fébrilité. Comme pour une visite royale, comme si l'on attendait la venue de Sa Majesté."

Il poursuit : "C'était juste un avion de de la Royal Air Force apportant des doses de vaccins, mais il incarnait notre rêve de liberté. C'est difficile de décrire le sentiment de gratitude de la population. De voir que le Royaume-Uni, qui souffrait tellement lui-même, n'avait pas oublié Gibraltar... Je pense que cette opération a rapproché Gibraltar du Royaume comme jamais depuis 1713 lorsque ce territoire est devenu britannique.

Une belle opération politique pour Boris Johnson, dans un territoire qui avait massivement voté contre le Brexit mais qui aujourd'hui se dit sauvé par Londres.

"Nous avons décidé collectivement de faire de la vaccination notre priorité", explique le Docteur Rawal Krishna, qui dirige les services de santé de Gibraltar depuis l'hôpital Saint-Bernard. "C'était la clef du déconfinement et du retour à une certaine normalité.

Docteur Rawal Krishna, responsable des services de santé à Gibraltar
Docteur Rawal Krishna, responsable des services de santé à Gibraltar © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement, les services de santé, les services logistiques et les autorités britanniques travaillaient main dans la main. Dès l'arrivée de l'appareil, toute une chaîne a pu se mettre immédiatement en place. Au pied de l'avion, les régiments de l'armée ont récupéré les doses, les ont transférées aux équipes de santé qui les stockaient dans les congélateurs spéciaux à moins 70 degrés. 

Trois sites ont été promptement installés, pour les personnes les plus âgées, pour le personnel médical et pour le reste de la population avec des priorités par âge. Tous les adultes ont été contactés, les rendez-vous confirmés, des taxis envoyés si nécessaire, et, à l'arrivée dans les centres de vaccination, les seringues étaient déjà prêtes. Un défilement continu 7 jours sur 7, alors que les avions de sa Majesté poursuivent leur ballet.

Chaque étape est scrupuleusement minutée

"Dès que le vaccin sort du congélateur le compte à rebours s'enclenche", détaille le Docteur Rawal. "Nous avons alors 5 jours pour l'utiliser. Et lorsque nous le reconstituons et préparons les seringues, nous devons l'injecter dans la journée. C'était un défi logistique. Nous devions aussi vacciner le plus de personnes possible, mais pas trop afin que chacun soit sûr de pouvoir recevoir sa seconde dose trois semaines plus tard." Le circuit est rodé, en quelques minutes, tout est bouclé. Et à la clef, une carte de vaccination, format carte de crédit, portant les dates des deux injections, ainsi que le vaccin administré. Chacun la range avec précaution dans son portefeuille.

Yan Delgado, créateur du World Music Festival à Gibraltar montre sa carte de vaccination, avril 2021
Yan Delgado, créateur du World Music Festival à Gibraltar montre sa carte de vaccination, avril 2021 © Radio France / Marie-Pierre Vérot

"J'ai ma carte de vaccination de seconde dose", raconte Yan Delgado, créateur du World Music Festival à Gibraltar. "Mon fils de 18 ans a été vacciné. Cela nous permet de revenir en terrasse… Regardez autour de moi, il n'y a plus de masque. Et cette idée, enfin, de retour à la liberté. On n'y est pas encore tout à fait. Mais cela fait plaisir d'être parmi les premiers au monde à pouvoir se réjouir de cette liberté." Aujourd'hui près de 100% des Gibraltariens de plus de 16 ans ont été vaccinés. 

Une jeune fille reçoit une dose de vaccin Pfizer à Gibraltar
Une jeune fille reçoit une dose de vaccin Pfizer à Gibraltar © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Une oasis de liberté très surveillée

C'est maintenant le tour des travailleurs étrangers. Entre 10 000 et 14 000 traversent chaque jour la frontière depuis l'Andalousie voisine. Ils travaillent dans la santé, les commerces, le nettoyage, et font en grande partie tourner l'économie de Gibraltar. "Je suis tellement contente ! J'aimerais tant que ma famille en Espagne puisse aussi en profiter !", lance Asuncion à la sortie du centre de vaccination. 

On trinque à la liberté retrouvée dans un bar de Chatham à Gibraltar
On trinque à la liberté retrouvée dans un bar de Chatham à Gibraltar © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Sur le Rocher, nul n'ose encore croire que les temps mauvais sont révolus. "On aimerait penser que c'est terminé", ajoute Yan Delgado. "Mais, sur une population de 34 000 habitants, sachant qu'il y a une frontière avec l'Espagne, il nous suffit d'un mauvais variant, d'un faux pas pour mettre toute la population au tapis." Ce qui a fait le succès de la vaccination, à savoir la petite taille de Gibraltar, peut en effet se retourner en cas de nouveau virus, tant les interactions sont importantes sur un aussi petit bout de territoire. La vigilance reste de mise. 

Dans son bureau qui domine la baie au dernier étage de l'hôpital Saint Bernard, la ministre de la Santé Samantha Sacramento ne baisse pas la garde.

Samantha Sacramento, ministre de la Santé de Gibraltar
Samantha Sacramento, ministre de la Santé de Gibraltar © Radio France / Marie-Pierre Vérot

"Nous continuons à tester la population, et à tracer", explique-t-elle. "Nous devons être prudents, suivre les consignes sanitaires, continuer à nous laver les mains. Nous ne devons pas baisser la garde."

"On nous dit que nous ne retrouverons jamais la situation que nous connaissions en 2019. Mais nous devons aspirer à retrouver une situation la plus normale possible, ou une nouvelle normalité." 

Gibraltar laisse entrevoir la lumière au bout du tunnel, mais n'oublie pas qu'il y a à peine trois mois, elle pleurait quelque 94 morts. Un traumatisme toujours très présent dans cette petite communauté. En avance sur nous de plusieurs mois, en terme de vaccination, le Rocher nous tend un miroir qui incite à la prudence : la vie d'avant revient... mais elle n'est plus tout à fait comme avant. Et peut-être sera-t-elle à jamais différente.

Un vent d'espoir souffle de nouveau sur Gibraltar; dont la population adulte est entièrement vaccinée
Un vent d'espoir souffle de nouveau sur Gibraltar; dont la population adulte est entièrement vaccinée © Radio France / Marie-Pierre Vérot
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