Près d'un commerce sur dix en centre-ville est fermé en France. Comment revitaliser ces centres urbains ?

Un mercredi midi dans l'une des rues les plus commerçantes de Nevers
Un mercredi midi dans l'une des rues les plus commerçantes de Nevers © Radio France / Hélène Chevallier

Après 39 ans de présence, le magasin "Table et décor" à Nevers fermera définitivement ses portes à la fin du mois. Comme lui, les commerces qui mettent la clé sous la porte sont de plus en plus nombreux : dans la préfecture de la Nièvre, 21% des pas-de-porte sont fermés en centre-ville.

Après 39 ans de présence, ce magasin fermera définitivement ses portes le 31 décembre prochain
Après 39 ans de présence, ce magasin fermera définitivement ses portes le 31 décembre prochain © Radio France / Hélène Chevallier

Alors comment revitaliser les centres-villes? C'est la question que pose un rapport publié en juillet dernier par l'Inspection générale des finances et le Conseil général de l'environnement et du développement durable. La situation est jugée "préoccupante" par ce rapport. La moitié des villes moyennes seraient concernées : Avignon, Saint-Brieuc, Béziers, Calais, ou encore Vichy avec 15% ou plus de vacance commerciale. La municipalité de Nevers a décidé de prendre les choses en main.

Certes un peu isolée au Sud-Ouest de la Bourgogne, à la frontière avec la région Centre-Val de Loire, la ville de Nevers est, avec son palais ducal et sa cathédrale romane, plutôt une jolie ville de 35 000 habitants. Malgré ce riche patrimoine, les magasins vides, les panneaux à vendre, à louer ou en liquidation totale se succèdent dans certaines rues. "On est quand même mercredi, c'est le jour des enfants, il n'y a pas grand monde dans les rues" se désole Martine. Cette fonctionnaire de 59 ans née à Nevers regrette un choix limité de boutiques. Beaucoup sont parties dans la zone commerciale implantée en périphérie de la ville.

La zone commerciale de Nevers continue à s'étendre alors que les boutiques se meurent en centre-ville
La zone commerciale de Nevers continue à s'étendre alors que les boutiques se meurent en centre-ville © Radio France / Hélène Chevallier

Jean-Marc Duprilot tient un commerce d'art de la table depuis 39 ans à Nevers. Avec sa femme, ils ont décidé de baisser le rideau définitivement le 31 décembre prochain à contre-coeur et sans repreneur : "On préfère partir dans de bonnes conditions que d'attendre que cela se dégrade" justifie le commerçant qui regrette que la zone commerciale continue à s'étendre alors que les boutiques se meurent en centre-ville :

On va se retrouver avec 10 000 m² en un an et demi. C'est trop! On ne peut pas avoir un centre-ville énorme et des zones d'activité à l'extérieur disproportionnée (Jean-Marc Duprilot, commerçant du centre-ville)

La concurrence des grandes surfaces c'est une des causes de ce phénomène pointé dans le rapport de l'Inspection générale des finances mais le manque d'attractivité de la ville y est aussi pour beaucoup. Des fermetures d'usines, peu de formations en études supérieures, la population a quitté Nevers : 11 000 habitants en 20 ans. Le cœur de la ville s'est un peu laissé aller avec des immeubles et des monuments mal entretenus.

La ville a décidé de couvrir avec des trompe-l'oeil une douzaine de pas-de-porte toujours inoccupés
La ville a décidé de couvrir avec des trompe-l'oeil une douzaine de pas-de-porte toujours inoccupés © Radio France / Hélène Chevallier

Depuis deux ans, la municipalité a lancé un grand plan de rénovation : modification du sens de certaines rues, création de parking, mise en place de trompe-l'oeil sur une douzaine de pas-de-porte vides et création d'un poste de manager de centre-ville dont le rôle est notamment de redéfinir les zones commerçantes de la ville. Et pour inciter les propriétaires à louer leur pas-de-porte à des loyers corrects, le maire Denis Thuriot a aussi décidé d'utiliser la manière forte, en faisant voter en septembre dernier une taxe sur les friches commerciales :

On a des propriétaires de locaux qui n'habitent pas là, donc qui ne connaissent pas les prix du marché ou que cela ne dérange pas de ne pas louer (le maire de Nevers, Denis Thuriot)

La taxe est une surtaxation sur le foncier bâti : +20% la première année, +30% la deuxième, +40% la troisième. Dix commerces ont été identifiés cette année et déclarés aux services fiscaux. Certains propriétaires ont déjà demandé des rendez-vous à l'équipe municipale.

L'association de commerçants, Les Vitrines de Nevers, se démène également pour refaire vivre son centre-ville. Elle propose régulièrement des animations (un petit train sillonne les rues pendant les fêtes) mais aussi du stationnement gratuit et bientôt un site internet et une carte de fidélité communs aux commerçants. "Si un client cherche une paire de baskets de telle marque, il sera où la trouver à Nevers et à quel prix".

En un an, le nombre de pas-de-porte vacants a arrêté d'augmenter. "Aujourd'hui il y a un peu plus de demandes qu'avant" constate Jérôme Coquin, agent spécialisé en immobilier d'entreprise pour l'Agence Orpi, "on arrive à combler les départs mais pas encore à trouver des repreneurs pour les commerces vides depuis un moment". Quelques boutiques ont été réinvestis : un fleuriste, un fromager viennent de s'implanter. Mais 130 locaux sont encore disponibles. Pour Amanda Mimeur, la manager de centre-ville: "les premiers vrais résultats ne seront visibles que dans 5 ans".

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