Le 20 septembre, Hella Kherief, aide-soignante marseillaise, témoignait sur les conditions de vie dans les maisons de retraite pour Envoyé Spécial. Convoquée le lendemain, elle a été renvoyée de l'hôpital dans lequel elle travaillait. Illustration des représailles que subissent souvent les lanceurs d'alerte.

 Hella Kherief, aide-soignante à Marseille
Hella Kherief, aide-soignante à Marseille © Radio France / Jérôme Jadot

Elle a témoigné à visage découvert. Dans le magazine Envoyé Spécial diffusé le 20 septembre, Hella Kherief, raconte les situations auxquelles elle a été confronté dans certaines maisons de retraite marseillaises. Le manque de personnel, de moyens et la détresse des résidents. Elle filme aussi, avec son téléphone portable, des scènes difficilement soutenables. Le lendemain, l'aide-soignante est convoquée par son employeur, un hôpital privé sans lien apparent avec l'établissement sur lequel porte son témoignage. Lors du rendez-vous, il est mis fin à sa période d'essai, sans justification. Elle avait été embauchée en CDI début septembre, après de multiples vacations.

Pour la jeune femme, les difficultés ne s'arrêtent pas là. Le jour même où elle est renvoyée de l'hôpital, elle est appelée pour une mission d'intérim dans une maison de retraite. Mais une fois sur place, la mission est annulée. "Une salariée en interne avait finalement pu se rendre disponible" nous assure aujourd'hui la directrice de l'établissement. Elle confie également ne pas adhérer à la méthode employée par Hella Kherief : dénoncer des dysfonctionnements via les média. "Cela se règle en interne et, s'il n'y a pas de changement, le ou la salarié n'a qu'à quitter l'établissement" 

Depuis la fin septembre, Hella Kherief a le sentiment d'être "blacklistée", à cause de son témoignage. Elle a multiplié les dépôts de CV, en vain. Elle n'a plus obtenu de mission de l'agence d'intérim avec laquelle elle travaillait. _"Malgré le manque d'aide-soignantes à Marseille"_souligne-t-elle. Depuis lundi, elle a retrouvé quelques vacations dans un hôpital, par l'entremise de son syndicat. Des garanties de discrétion lui ont été demandées.

"Lanceurs d'alerte: parole à hauts risques", prolongement de ce reportage dans le magazine Interception ce dimanche à 9h10 

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