Plus de 7 000 Albanais étaient demandeurs d'asile en 2017 en France. Mais seuls 10 % d'entre eux obtiennent une réponse favorable. Pour les autres, il faut penser au retour. À Lyon, un centre les y prépare.

Pour rentrer en Albanie, des familles déboutées de leur demande d'asile reçoivent 300 euros par personne et peuvent être hébergées dans un centre de préparation au départ.
Pour rentrer en Albanie, des familles déboutées de leur demande d'asile reçoivent 300 euros par personne et peuvent être hébergées dans un centre de préparation au départ. © AFP / STRINGER

Le couple que vous entendez dans notre reportage est en France depuis un an.  Ce sont des Albanais, demandeurs d'asile en France avec leurs trois enfants, dont une petite fille handicapée. Ils se disaient menacés dans leur pays. Ils ont connu la rue en France et leur demande d'asile a été rejetée.  

Ce rejet veut dire qu'ils ne toucheront plus d'aide financière et que leur place en hébergement leur sera bientôt retirée. Ce matin-là, ils sont convoquées par Aziza Bouhadjar, conseillère retour et réinsertion à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii).

La famille devait, selon l'Ofii, quitter le centre d'hébergement d'urgence de Lyon le 8 janvier dernier. Mais avec leur fille malade, le couple explique ne pas être en mesure de s'occuper d'elle une fois rentrés en Albanie. Ils refusent donc de partir.

Comme beaucoup d'Albanais, cette famille est venue en France pour vivre une vie meilleure et avoir accès, aussi, à la qualité du système de soins français. À ce moment de l'entretien, l'agent de l'OFII lui propose une aide au retour. De l'argent pour accepter de partir : 300 euros par personne. Alors que le couple assure avoir dépensé 5 000 euros au cours de son exil.

Dans son bureau, Aziza Bouhadjar de l'OFII propose une aide au retour aux demandeurs d'asile albanais
Dans son bureau, Aziza Bouhadjar de l'OFII propose une aide au retour aux demandeurs d'asile albanais © Radio France / Julie Pietri

Si la famille accepte cette aide, elle sera hébergée dans ce centre de préparation au retour

Un ancien Ehpad un peu défraîchi, immeuble rosé de plusieurs étages, a été transformé en centre de préparation au retour. Les chambres y sont spartiates mais propres : un lit, une petite salle d'eau, une cuisine commune. Les familles y passent en général 20 à 30 jours.

Parmi les habitants temporaires, une mère de famille qui vit dans le centre depuis plusieurs jours. Elle attend des papiers pour son bébé, né en France. "La France, dit-elle, ne m'a pas cru quand j'ai expliqué que j'étais menacée dans mon pays, par mon père et la famille de mon mari". Quand elle évoque son départ prochain, elle ne parle pas de soulagement, mais de contrainte et de déchirement. Sans hébergement, une fois la procédure d'asile rejetée, impossible pour la jeune femme de rester dans la rue : "Quand j'ai été déboutée, on est restés dans un squat aux vitres cassées pendant huit mois, puis sous des tentes, dans la rue. On vivait très mal. Jamais je ne serais retournée volontairement en Albanie. Je suis obligée."

L'argent ne lui sera donné qu'au dernier moment, dans la salle d'embarquement de l'aéroport de Lyon, juste avant de prendre l'avion. 

L'OFII réserve des places sur des vols commerciaux et affrète même parfois des avions spéciaux à destination de Tirana. Plus de 600 personnes ont transité par ce centre, depuis un an. Il peut héberger environ 80 personnes à la fois et il y a actuellement une file d'attente.

Les familles ne pourront pas bénéficier de cet argent à nouveau, si elles reviennent en France.

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