C’est sans doute le journal le plus prestigieux de la planète. Le "New York Times", 17 décennies au compteur, a publié la semaine dernière d’excellents résultats financiers. Ses abonnements explosent, du fait d’une révolution numérique entamée il y a une décennie, mais aussi sous l'effet de l’élection de Donald Trump.

Avec un chiffre d'affaires en hausse et 5,3 miilions d'abonnés, le "New York Times" sort grandi de sa migration numérique.
Avec un chiffre d'affaires en hausse et 5,3 miilions d'abonnés, le "New York Times" sort grandi de sa migration numérique. © AFP / David Himbert

Le New York Times, né en 1851, s’est sérieusement dépoussiéré ces dernières années. Depuis une dizaine d'années, il a entrepris sa migration numérique. Et chaque jour, il attire de nouveaux abonnés, toujours plus jeunes.

À la cafétéria du département de journalisme de l’université de Columbia, au nord-ouest de Manhattan, les étudiants sont tous des lecteurs assidus du quotidien. A l'instar de Neuman, qui le feuillette en buvant son café, un gobelet en carton à la main : 

Je le lis tous les matins. C'est le premier à m’envoyer un e-mail avec un résumé de l’actualité.

Laura, 22 ans, vient du Connecticut : "Je consulte le site au moins une fois par jour, parfois plus. Je regarde les titres et, si ça m’intéresse, je lis, mais toujours sur internet."

Brandon, grand gaillard de 30 ans, ajoute :

Le "New York Times" est le premier abonnement numérique que j’ai pris. C’est ma référence depuis que je suis enfant. Je le citais dans mes dissertations au lycée. C’est vraiment devenu le symbole du journalisme dans mon esprit.

Si le New York Times peut aujourd’hui compter sur 5,252 millions d’abonnés, plus de la moitié ne le consultent qu'en ligne. Sur le site, rien n’est gratuit, et les lecteurs sont prêts à payer, assure Kyle Pole, qui édite la revue du département de journalisme de Columbia :

"Le New York Times a eu peur de perdre ses lecteurs quand la version numérique est devenue payante. Et en fait c’est l’inverse qui s’est produit. Pour beaucoup de raisons. Et notamment parce que la culture en général est devenue payante."

Désormais, vous êtes habitué à payer pour regarder la télévision sur Netflix ou pour écouter de la musique sur Spotify. On souscrit à toutes sortes d’abonnements dans notre vie personnelle. On s’est habitués à payés pour recevoir des données ou du divertissement. Donc c’est aussi plus facile de rendre payant le journalisme.

Loin d’être une copie conforme du journal papier, le site fourmille de productions spécifiques, à commencer par un podcast audio quotidien.

1 600 journalistes

Son présentateur, Michael Barbaro, est même devenu une célébrité. Et le "Daily" une référence. Avec 2 millions de téléchargements chaque jour, il occupe la première place des podcasts aux États-Unis, où il fait office de Une version 2020 du journal.

Le Daily est aussi un produit d’appel qui met en valeur les scoops du journal : des premiers témoignages accusant Harvey Weinsten, donnant ainsi naissance au mouvement #metoo, au contenu du livre à venir de l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton. 

Roger Cohen est éditorialiste au New York Times. Il y travaille depuis trente ans :

Il y a 1 600 journalistes qui travaillent aujourd’hui au journal. C’est de loin la salle de rédaction la plus importante du pays. Quand vous appelez quelqu’un et vous dites que vous dites que vous êtes au "New York Times", ça fait quand même toujours un effet.

"On a aussi maintenant l’argent et les moyens de faire des enquêtes qui peuvent durer cinq à six mois. Ce qu’on a fait sur Notre-Dame de Paris, ce qui était vraiment arrivé avant et après incendie, et comment on l’a illustré, je ne pense pas qu’un journal français avait à ce moment-là sorti des informations aussi approfondies."

Le New York Times est le journal de l’élite américaine, des républicains modérés et surtout des démocrates. Il s’est attiré les foudres de Donald Trump – "l'ennemi du peuple", selon lui, ou le "failing New York Times"

Une animosité que le journal a su transformer en abonnements. Reste à savoir si tous ces nouveaux lecteurs seront toujours fidèles, dans l’éventualité où Donald Trump ne serait pas réélu en novembre prochain.

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