20148 : 300 habitants, 290 inscrits, "Code Postal" part ce matin en Corse, à Cozzano, village de montagne d'accès très compliqué quand on connait les routes corses. Et pourtant à l'heure où ces villages sont désertés, Cozzano qui avait reçu la visite d'Emmanuel Macron en clôture du Grand Débat, fait figure d'exception.

Cozzano, village difficile d'accès mais aucunement déserté
Cozzano, village difficile d'accès mais aucunement déserté © Maxppp / Christian Watier

Il faut du courage et parfois le cœur bien accroché, surtout en ces journées d’hiver où le brouillard est farouche, pour arriver là-haut. À seulement 60 kilomètres d’Ajaccio (et une heure trente de trajet tout de même), Cozzano est niché au cœur de la montagne corse, presque à mi-distance des deux rives, dans la région du Haut-Taravo. Il faut traverser quelques villages qui, en journée, ont tous baissé les rideaux, fermé les volets.  

Cozzano, c’est tout le contraire. Quand vous arrivez au centre du village, tout est concentré mais la vie demeure.  Au premier coup de œil, son bar, sa supérette (flambant neuve, les nouveaux propriétaires sont arrivés l’été dernier) et son école.

La pharmacie a fermé en fin d’année dernière, ce qui a causé un grand trouble dans le village
La pharmacie a fermé en fin d’année dernière, ce qui a causé un grand trouble dans le village © Radio France / Cyril Graziani

L’école de Cozzano a quintuplé ses effectifs en un peu plus de dix ans

Premier choc : "Nous avons deux classes, cela fait 43 élèves", raconte dans le brouhaha de cour de récréation Rosaria Cesari la directrice de l’école en poste depuis treize ans. "Quand je suis arrivée, il n’y avait que neuf enfants", explique le maire.

L’école de Cozzano a quintuplé ses effectifs en un peu plus de dix ans. Une situation inédite dont rêveraient la plupart des villages, qui à l’inverse, voient pour les plus chanceux leurs classes se vider, pour les autres leurs écoles fermer.

Le maire du village Jean-Jacques Ciccolini a créé un smart village
Le maire du village Jean-Jacques Ciccolini a créé un smart village © Radio France / Cyril Graziani

"Vous allez monter dans le village d’Asterix, un village d’irréductibles", avait prévenu tout sourire un élu d’Ajaccio. Effectivement. Cozzano résiste à la désertification : des logements sociaux, un abattoir, un médecin, une salle de sports, une médiathèque, sa poste avec son guichet bancaire ouvert tout les matins, la mairie y est accolée. Sur le toit de la "casa cumuna", "la crèche", précise fièrement l’instigateur de ce village atypique. Il s’appelle Jean-Jacques Ciccolini, maire du village depuis 1986 et qui ne s’est pas endormi sur ses lauriers. Bien au contraire. L’édile a développé un "smart village" ou "smart paese" (en corse). "On est parti sur les problèmes énergétiques et on s’est demandé comment peut fonctionner un village de ce type dans l’intérieur profond", explique calmement Ciccolini dont les deux téléphones (fixe et portable) ne cessent de sonner : "Les habitants du village", sourit-il un brin espiègle.  

"Smart village"

À quelques mètres, en contrebas, l’université de Corte a planté une antenne pour développer ce projet de smart village. "Un 'smart village', c’est la déclinaison de la 'smart city'", décrypte Thierry Antoine-Santoni, maître de conférences en informatique et responsable du projet.  "C’est un concept qui met en avant les stratégies de développement d’une ville autour des énergies renouvelables, avec le citoyen au cœur". Tout le réseau est administré grâce à un tout petit boitier blanc, situé au cœur du clocher de l’église : le boitier passerelle. "Il collecte un tas d’informations : qualité de l’eau, de l’air, température, humidité, pluviométrie", décrypte Antoine-Santoni. Données qui permettent d’optimiser la gestion des ressources du village. 

Cozzano est un village ultra connecté, à la pointe, dont pourrait s’enorgueillir son maire. "Ce n’est pas une fierté, c’est le travail quotidien qui paie", répond modestement Ciccolini. "C’est grâce à l’énergie des gens installés ici, des habitants entreprenants. Cela fait une petite masse critique qui permet aux services publics de s’agréger". 

Des cochons connectés

L’éleveur de cochon Dume Cesari a équipé ses bêtes de GPS
L’éleveur de cochon Dume Cesari a équipé ses bêtes de GPS © Radio France / Cyril Graziani

Ici, dans ce village renommé notamment pour sa charcuterie, même les cochons, qui finiront en coppa, lonzu ou figatelli (selon la saison) sont connectés : des cochons "2.0".  

Dans la famille Cesari, de père en fils, on est charcutier. Mais les méthodes ont évolué. "On met des colliers reliés à des balises GPS, qui permettent notamment d’obtenir des données journalières pour voir le parcours des cochons dans la journée", raconte Dumé, qui fait vieillir ses figatelli dans le grenier au fumé de bois de châtaignier. Traquer ses cochons évite les divagations intempestives, causes de tant de désagréments et de drames en Corse.  

Le développement du village se poursuit à une vitesse folle. Il s’est équipé d’une chaufferie, de micro-centrales hydroélectriques, bientôt de toitures photovoltaïques, d'un espace de coworking et même très prochainement d'une piscine municipale. Néanmoins, cet équilibre est très fragile. La machine s’est grippée, il y a quelques semaines avec la fermeture de la pharmacie, au cœur du village et de toutes les conversations. C’est la première fermeture à Cozzano : " Je l’ai toujours connue ici", regrette une habitante, amère,  "Maintenant il faudra faire trente kilomètres pour trouver la plus proche". Tout un canton sans pharmacie : le village tente de s’organiser. Les infirmières montent chaque matin des produits de première nécessité. 

Comme quoi, rien n’est jamais acquis. Mais le maire de Cozzano ne baisse pas les bras et cherche déjà une solution de rechange… innovante.

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