Le chantier de sécurisation est presque terminé, l’échafaudage est déposé, l’orgue démonté un an et huit mois après l’incendie de la cathédrale. Les préparatifs à la restauration avance également en parallèle. L’un des enjeux concerne le choix des pierres et la quantité qui pourra être réutilisé.

Des tailleurs de pierre restaurent un immeuble du 7e arrondissement de Paris
Des tailleurs de pierre restaurent un immeuble du 7e arrondissement de Paris © Radio France / Mathilde Dehimi

Le feu mais aussi l’eau ont fait de sérieux dégâts. La première étape pour les scientifiques a été d’évaluer comment se comportaient les pierres tombées après l’incendie. Lise Leroux et ses collègues géologues expliquent six mois après l’incendie à France Inter qu’ils ont récupéré des fragments pour étudier les pierres avant et après le séchage pour donner des indications en urgence aux architectes sur la tenue du bâtiment. 

Etudier les pierres 

Une autre grosse partie de leur travail consiste à évaluer quelles pierres pourront être réutilisées et où trouver celles qui devront les remplacer en tâchant de trouver dans des carrières existantes ou qu’il faudra rouvrir ou même créer, des pierres avec les mêmes caractéristiques et provenances. 

"Très peu d'analyses mécaniques et pétrophysiques ont été réalisées sur ces pierres, explique Lise Leroux six mois après l’incendie, et c'est aujourd'hui ce qui nous manque pour procéder à une restauration basée sur des principes de compatibilité qui nécessite qu'on connaisse la porosité, la capillarité, la résistance en compression…" 

"L'idée, c'est déjà d'aller voir dans les carrières en exploitation ce qui est disponible en terme de volume, de taille de blocs. Et de voir si c'est compatible avec ce qu'on a réellement en œuvre aujourd'hui."

Cette phase de diagnostic est en train de se terminer, en parallèle les architectes vont évaluer la quantité de pierres nécessaires à la restauration. 

Les professionnels du secteur de la pierre ont hâte de connaître ce tableau pour savoir si leur carrière pourra ou non fournir les nouvelles pierres de Notre-Dame-de-Paris.

La pierre de Saint-Maximin dans l’Oise est utilisée depuis longtemps pour construire les immeubles de la région parisienne. Jean-Luc Roussel de la société BPE Lecieux estime que les pierres extraites de l’une de ses quatre carrières ont les qualités requises pour fournir le chantier de restauration. Il y en a de neuf types aux duretés et caractéristiques différentes, plus ou moins tendres, dures, gélives ou non gélives, résistantes aux gels. Il s’imagine bien déposer ses pierres en péniche depuis la carrière sur l’Oise puis sur la Seine mais il doit attendre comme les autres la fin des diagnostics. 

Les tailleurs de pierre impatients 

Les tailleurs de pierre aussi ont hâte de voir lancer les appels d’offres. Le marché a repris, les chantiers s’enchaînent et ils voudraient pouvoir s’organiser au plus vite pour ne pas connaître le même scénario que lors du chantier du musée du Louvre. A l’époque, beaucoup avaient tout misé sur le chantier et s’étaient retrouvés sans projet à la fin. 

"Il est temps qu'on sache au niveau des entreprises, à quel moment ce chantier va démarrer, explique Frédéric Létoffé, directeur de Pradeau Morin Eiffage et co-président du Groupement des entreprises de restauration des monuments historiques, puisque on a tous des effectifs qui sont déjà bien utilisés, on ne pourra pas former du personnel du jour au lendemain. Il faut des années de formation. On prendra bien sûr des apprentis pour leur redonner l'envie de travailler dans ces métiers qui sont passionnants, mais on va travailler avec des effectifs qui sont déjà en place. On sait à peu près que ça devrait normalement démarrer à la fin de l'année 2021, mais on devrait avoir quand même des données un peu plus précises pour qu'on puisse s'organiser en conséquence." 

"Ce type de chantier, il faut entre 10 et 15 ans. C'est ce que j'avais dit au lendemain de l'incendie. On ne pourra pas mobiliser l'ensemble des moyens humains de chaque entreprise, donc c'est pour cela qu'il faut l'étaler dans le temps pour assurer une qualité du travail et d'assurer aussi de la formation."

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