Comment s'inspirer de la nature pour innover tout en la respectant ? C'est le biomimétisme.

Calamar luminescent
Calamar luminescent

Le projet de loi sur la biodiversité sera examiné le 19 juillet en dernière lecture par l'Assemblée nationale. Parmi le mesures : comment innover en s'inspirant du vivant mais tout en le protégeant ? C'est le biomimétisme. Les araignées, les huîtres ou encore les fourmis sont d’excellentes ingénieures.

Des animaux et végétaux dans notre quotidien

Leonard de Vinci avait imaginé une machine à voler en observant les oiseaux. Le nez du Shinkansen, le TGV japonais, imite le bec du martin pêcheur. La peau de requin sur laquelle tout glisse inspire l’aéronautique. La nageoire de baleines a donné des idées pour la conception de pales d’éoliennes. George de Mestral, l’inventeur du velcro, a trouvé l’idée de cette bande auto-grippante en accrochant son pull à des fleurs de bardane dans les années 1940.

Inventer un nouvel éclairage en observant les calamars

Sandra Rey, une jeune entrepreneuse française de 26 ans, a fondé la start-up Glowee qui fabrique de la lumière en s'inspirant des calamars. Elle a eu l’illumination après avoir vu un reportage à la télé sur les fonds marins et les animaux bioluminescents : pourquoi ne pas éclairer les vitrines des magasins selon le même principe ? Cette matière bioluminescente ne va pas remplacer les lampadaires, mais pourrait par exemple garnir des autocollants à coller sur les vitrines des magasins, comme des veilleuses de nuit.

"Le calamar a un organe qui permet d’avoir une culture de petites bactéries bioluminescentes. On ne peut pas utiliser directement cette bactérie, habituée à des températures extrêmes. On a identifié le gêne responsable de cette bioluminescence, et on le met dans une autre bactérie capable de travailler dans des conditions normales à la surface". Samuel Juillot, directeur scientifique de Glowee.

La start-up a reçu des prix, des fonds, et a été remarquée par le MIT (le prestigieux Institut de Technologie du Massachusetts).

Un nouveau béton sur le modèle des huitres ?

L’année dernière, le Centre Européen d’Excellence en Biomimétisme (le Ceebios) a vu le jour dans une ancienne caserne militaire à Senlis (Oise). Ce campus réunit chercheurs et entreprises. L’un de ses fondateurs, Francis Pruche, ingénieur et adjoint au maire, rêve de ce projet de reconversion économique un « showroom », un démonstrateur d’innovation, où l’on fabrique un prototype et on montre que ça marche en phase pré industrielle : "L’objectif c’est d’inventer le béton du XXIème siècle. Les huîtres et les coquillages par exemple, sont capables de faire des matériaux extrêmement résistants", explique-t-il. "Lorsque vous faîtes du béton, imaginez ce que cela consomme : il faut chauffer énormément. Si on arrêtait de faire du béton, le problème du CO2 est réglé".

"Le vivant a du résoudre exactement les mêmes défis que nous. Ce qui est frappant, c’est de voir que l’on est en train de réinventer ce que l’évolution a fait. Si on regarde notre stratégie énergétique, avec l’exploitation d’énergies renouvelables, c’est le cahier des charges énergétique du vivant." Kalina Raskin, en charge du développement du Ceebios à Senlis

Un nouveau marché pour les entreprises

De grands groupes s’intéressent au projet, qu’ils soient dans l’aéronautique, le bâtiment ou encore les cosmétiques. C'est le cas par exemple chez L’Oréal, qui promet un engagement sincère dans le développement durable, comme lorsque l'entreprise utilise de l’écorce de quinoa, pour faire des crèmes exfoliantes.

"On travaille avec une fondation bolivienne et 250 fermiers pour réintroduire des plantes natives de quinoa, recréer des écosystèmes qui existaient avant l’agriculture intensive, et redonner à la nature ce qu’elle nous donne." Laurent Gilbert, en charge de l’innovation durable chez L’Oréal

Si la France ne manque pas de ces ingénieurs "Géo Trouvetou" qui travaillent sur le biomimétisme, la filière n’est pas encore structurée, et cherche des fonds publics afin de prendre son envol, et rattraper l'Allemagne en pointe sur le biomimétisme.

► ► ► ALLER PLUS LOIN | "S'inspirer de la nature pour innover" : retrouver le rapport du Conseil économique, social et environnemental, le CESE sur le biomimétisme (septembre 2015)

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