Elles sont jeunes, parfois juste majeures, et partout dans le monde elles bousculent le jeu. C’est la "génération Greta". Aujourd’hui : portrait d’Aalayah Eastmond, 19 ans, américaine.

Après avoir survécu à la fusillade dans son lycée de Parkland en février 2018, Aalayah Eastmond est devenue une figure du mouvement pour le contrôle des armes à feu aux Etats Unis. Avant de s’investir dans la lutte contre les inégalités raciales.
Après avoir survécu à la fusillade dans son lycée de Parkland en février 2018, Aalayah Eastmond est devenue une figure du mouvement pour le contrôle des armes à feu aux Etats Unis. Avant de s’investir dans la lutte contre les inégalités raciales. © Maxppp / MICHAEL REYNOLDS/EPA/Newscom/MaxPPP

On avait repéré Aalyah Eastmond en février 2019, un an après la tuerie de Parkland, alors qu’elle était auditionnée par la chambre des Représentants au Capitole. On la retrouve un an et demi plus tard dans un café de Washington. Elle a aujourd’hui 19 ans.

Cette fille d’immigrés originaires de Trinidad est depuis plusieurs semaines en première ligne des manifestations Black Lives Matter : "Après ce qui s’est passé dans mon lycée, explique-t-elle, j’ai senti qu’il était de mon devoir de prendre la parole sur le problème de la violence par armes à feux. Mais j’ai aussi eu le sentiment que les gens oublient que les jeunes afro-américains et latinos sont les premières victimes de cette violence."

"Alors, poursuit-elle, j’ai pensé qu’en tant que jeune femme noire, c’était à moi de porter ce message (d’autant plus que j’avais perdu quelqu’un de ma famille plus jeune à Brooklyn à cause de ça). Oui, incontestablement, ce qui s’est déroulé à Parkland a fait de moi une activiste, désormais concentrée aussi sur les questions d’égalité raciale. Parce que tout ceci est la première cause de mortalité chez les Afro-américains."

Il a fallu persévérer pour décrocher ce rendez-vous, car les journées d'Aalayah Eastmond sont chargées : les manifestations quasi quotidiennes avec son organisation Concerned Citizens, ses études de droit à l’université et son stage au Capitole auprès du Représentant démocrate du Nevada. À seulement 19 ans, elle a déjà connu en tant que militante des victoires mais aussi des désillusions, notamment sur la question des armes à feu : 

En février 2021, ça fera trois ans déjà. Et on n’a vu aucun changement réel. Il y a eu ce projet de loi sur le contrôle des antécédents judiciaires. Le texte est passé à la Chambre des Représentants mais il est resté coincé pendant des mois au Sénat sur le bureau de Mitch McConnell. Malgré tout, j’ai vraiment apprécié ce mouvement de protestation, car j’y ai rencontré des gens formidables qui ont su porter avec moi ce combat, mais aussi mes traumatismes. Et aujourd’hui, on constate que les lignes du débat ont bougé. On parle de libération des Noirs.

Dans dix ans, Aalayah Eastmond se voit avocate : "J‘espère que je saurai représenter les minorités dans le système judiciaire de ce pays. En tant que défenseur public. Clairement, aujourd’hui, on voit que les hommes noirs représentent une part  totalement disproportionnée des gens incarcérés dans ce pays. Les femmes noires aussi. Et cela détruit complètement des familles afro-américaines."

Aalayah Eastmond : "nous sommes dans la rue à manifester, jour après jour. Mais manifester et voter, ça va ensemble. On ne peut pas faire l’un sans l’autre."
Aalayah Eastmond : "nous sommes dans la rue à manifester, jour après jour. Mais manifester et voter, ça va ensemble. On ne peut pas faire l’un sans l’autre." © AFP / ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

La rue, mais aussi le vote

En attendant, elle milite sans relâche pour que sa génération aille voter le 3 novembre prochain : "Nous sommes dans la rue à manifester, jour après jour. Mais manifester et voter, ça va ensemble. On ne peut pas faire l’un sans l’autre. Donc oui, j’encourage vraiment les jeunes à aller voter et à choisir ceux qui défendront leurs points de vue, ceux qui veulent que la situation s’améliore et change.

Il faut aussi que notre génération soit bien consciente que beaucoup de choses se jouent au niveau des élections locales. Participez à vos conseils municipaux ! Allez dans les conseils d’administration de vos écoles ! Personne d’autre que nous ne devrait prendre la parole sur les sujets qui NOUS concernent.

Aalayah Eastmond dit enfin qu’elle pense qu’elle ne s’arrêtera jamais de militer et d’être une activiste. Car, dit-elle, "je serai toute ma vie une femme noire en Amérique, et qui veut être entendue".

L'équipe
  • Grégory PhilippsGrand reporter, envoyé spécial permanent de Radio France à Washington
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