La question de l'euthanasie à nouveau sur le devant de la scène judiciaire. Demain, devant les assises d'Angers, s'ouvre le procès d'un homme qui a mis fin aux jours de son épouse, en phase terminale d'un cancer. Alors, geste criminel ou "droit de mourir dans la dignité"? Comme dans l'affaire Vincent Humbert, c'est une épineuse question qui devra être tranchée par la justice. Lui c'est un photographe danois. Elle est coiffeuse. Ils se rencontrent pendant la coupe du monde 98. Coup de foudre. Ils s'installent au Danemark. Mais 2 ans plus tard, leur vie bascule. La jeune femme est atteinte d'un cancer du sein puis d'un cancer du foie. En 2002, elle regagne la France : Angers, où habite sa famille. La jeune femme de 29 ans est hospitalisée au centre Paul Papin, son état ne cesse d'empirer. La suite c'est l'avocat du photographe danois qui la raconte, Mickaël Boulay (interview). Les faits se sont déroulés le 11 janvier 2003. Lors de l'instruction, un expert a estimé qu'avant le geste de son compagnon, l'espérance de vie de cette jeune femme était de "seulement quelques jours". Quelle est la situation de ce photographe danois aujourd'hui ? Après sa mise en examen pour "homicide volontaire", il a été placé sous contrôle judiciaire. Aujourd'hui, cet homme de 37 ans vit au Danemark avec son fils de 6 ans. Il travaille pour le plus grand quotidien danois. Il ne s'exprimera pas publiquement avant son procès, mais il est soutenu par l'ADMD, l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité. Son responsable à Angers, Régis Moriaux, ne voit rien de criminel dans son geste (interview). En fait, l'ADMD milite pour une exception d'euthanasie pour les personnes en phase terminale, atteintes d’une maladie incurable ou dans un état de dépendance incompatible avec leur dignité. Au fait, que dit la loi ? La loi Léonetti d'avril 2005 permet l'arrêt d'un traitement pour soulager la douleur, quitte à abréger la vie d'une personne, mais elle n'autorise pas l'euthanasie active. Cette euthanasie active n'est pas autorisée, non plus, au Danemark. Contrairement à la Belgique ou à la Suisse, au Danemark on a mis en place un "testament de vie", un document qui permet à toute personne de refuser un acharnement thérapeutique. Du côté du parquet d'Angers, on rappelle donc qu'en France l'euthanasie active est strictement interdite par la loi, tout en reconnaissant qu'au niveau humain la situation est délicate, comme l'explique Hervé Lolllic, vice-procureur d'Angers (interview). Condamnation, acquittement ou peine de principe, le jury populaire devra donc trancher. Marie Humbert va suivre ce procès d'Angers avec attention. Comme elle l'a répété hier devant le Parlement européen où elle était invitée. L mère de Vincent Humbert estime que la législation actuelle n'est pas satisfaisante (interview). Pour le député Jean Léonetti à l'origine de la loi, son texte permet de résoudre la majorité des problèmes. Mais la question n'a pas fini de diviser. Exemple : l'affaire du docteur Laurence Tramois et de l'infirmière Chantal Chanel, mis en examen pour "empoisonnement" et après une injection mortelle à une femme de 65 ans, en phase terminale d'un cancer. C'est ce matin que la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux doit se prononcer, pour savoir si le médecin et l'infirmière doivent être renvoyés devant les assises. Un dossier de Benoît Collombat.

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