C’est un projet industriel qui s’est transformé en totem pour le gouvernement : la Montagne d’Or en Guyane. Ce projet de mine d’or géante porté par un conglomérat russo-canadien a été abandonné juste avant les européennes. Un geste en direction des écologistes et notamment du député européen Pascal Canfin.

Le gouvernement a finalement abandonné le projet de mine d’or géante en Guyane, mais cet arrêt ne fait pas que des heureux
Le gouvernement a finalement abandonné le projet de mine d’or géante en Guyane, mais cet arrêt ne fait pas que des heureux © AFP / Jody Amiet

Place des Palmistes en plein centre de Cayenne. Nora Stephenson, 70 ans, porte une belle robe aux couleurs de la Guyane, vert, rouge, jaune, mais aucun bijou en or. Cette militante de longue date participera à la fête, samedi soir sur cette place, pour "l’enterrement de la Montagne d’or", mais elle reste méfiante : "C’était une bataille de longue haleine, dit-elle avec le sourire, mais pour nous ce n’est pas une victoire à 100%." Car cette militante, membre du collectif "Or de question", se demande si d’autres projets ne risquent pas de naître de cet abandon. 

Élie et Nora Stephenson militent depuis près de 20 ans contre les mines en Guyane. Ils organisent une fête samedi place des palmistes pour l'enterrement de la Montagne d'Or.
Élie et Nora Stephenson militent depuis près de 20 ans contre les mines en Guyane. Ils organisent une fête samedi place des palmistes pour l'enterrement de la Montagne d'Or. © Radio France / Célia Quilleret

D’ailleurs, comme elle, le collectif refuse en bloc toute activité d’extraction aurifère. Et leur porte-parole Claire Albanesi grince déjà des dents quand elle voit que des permis d’exploration ont été demandés sur plus de 360 000 hectares de forêt. 

Mais cet abandon du projet "Montagne d’or" est en même temps une grande déception pour certains élu,s comme le député de Saint-Laurent-du-Maroni, Lénaïck Adam, ou le sénateur Georges Patient, tous deux pourtant étiquetés La République en marche. Pour ce dernier, qui aurait voulu boycotter la visite du ministre François de Rugy s’il était venu, "l’urgence en Guyane est économique et sociale, elle n’est pas écologique"

Et la colère est également très forte dans la voix de la présidente du Medef de Guyane, Thara Govindin, qui accuse le gouvernement d’avoir accompli un geste surtout électoraliste. "Ce projet aurait permis d’attirer des investisseurs et de créer des emplois, 750, précisément, regrette-t-elle. Nous, on est maintenu dans un état comateux".

"Les retombées financières de cette mine auraient surtout fini dans les poches des multinationales, elles n’auraient pas permis de développer le territoire", s’insurge pour sa part Laurent Kelle, responsable du WWF en Guyane. Pour lui, "il n’y a rien à regretter, au contraire, et l’enjeu désormais est davantage de lutter contre l’orpaillage illégal"

Direction Cacao au nord de Cayenne 

Ici, l’opération "Harpie" a permis de démanteler un camp de 500 orpailleurs illégaux en provenance du Brésil. La forêt est dévastée, les militaires crapahutent sur cette colline boueuse et accidentée pour surveiller le site nuit et jour.

À Cacao en Guyane les militaires ont démantelé un site d'orpaillage illégal. Le lieutenant Augustin surveille le site : la forêt est dévastée. Juin 2019.
À Cacao en Guyane les militaires ont démantelé un site d'orpaillage illégal. Le lieutenant Augustin surveille le site : la forêt est dévastée. Juin 2019. © Radio France / Célia Quilleret

Ces hommes n’ont pas assez de moyens pour vraiment freiner cette ruée vers l’or. L’appât du gain est trop fort, et la forêt impossible à surveiller totalement, alors faut-il autoriser quelques projets d’extraction d’or légaux pour enrayer cette activité illicite ? "Pas du tout", répond Marie Fleury, du muséum d’histoire naturelle de Cayenne et du collectif "Or de question" : "Les orpailleurs illégaux s’installent partout où il y a des mines légales pour ramasser les miettes justement." Pourtant, certains militaires estiment que ce serait une solution. 

La forêt dévastée par orpaillage illégal à Cacao, à 70 km de Cayenne
La forêt dévastée par orpaillage illégal à Cacao, à 70 km de Cayenne © Radio France / Célia Quilleret

Pour Damien Ripert, Chef de l’état-major de lutte contre l’orpaillage illégal, il faudrait autoriser quelques projets d’orpaillage légal pour lutter contre l’activité illicite. D’ailleurs, une société privée vient d’obtenir une autorisation d’exploration sur cette montagne Chawari, à Cacao. Le débat fait rage ici en Guyane, mais pour le gouvernement il n’est pas non plus question de se priver de cette manne. La "Montagne d’or" est enterrée mais la page de l’or elle n’est pas tournée, loin de là. Les opposants à l’extraction minière savent que leur combat n’est pas prêt de s’arrêter. 

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