D'ici 2012, des dizaines de régiments et garnisons pourraient être supprimés, conclusion d'un rapport interne de l'état-major de l'armée de terre. La nouvelle, révélée par la presse début avril, a provoqué l'émotion dans une vingtaine de communes, où l'armée est un élément essentiel de la vie locale. Illustration en Moselle à Dieuze, où il est impossible d'échapper à ces banderoles installées à chaque entrée de la ville : "Monsieur le président de la République, le 13ème RDP doit rester à Dieuze". Référence au 13ème régiment des Dragons Parachutistes, unité d'élite spécialisée dans le renseignement et présente depuis 63 à Dieuze - ville-frontière après la guerre de 1870 mais sous le joug allemand. Les habitants ont donc une relation particulière avec l'armée (interview d'un habitant). "Le 13", comme on le surnomme ici, pourrait déménager d'ici 3 ans à Souge, près de Bordeaux. Une mesure qui entre dans la logique de la RGPP, révision générale des politiques publiques. Objectif : densifier les implatations et en l'espèce, réunir dans la même région, l'Aquitaine, toutes les composantes de la "brigade des forces spéciales terre" créée voilà 6 ans et basée à Pau. Pour les clients du café de Paris à Dieuze, c'est un coup de plus porté à la région (interviews). Un constat cinglant car « Le 13 » occupe une place essentielle dans la ville. Sur les 3600 habitants, 950 sont des militaires. C'est plus du quart. Rien que dans les écoles primaires, 85 élèves sur 292 sont des enfants de militaires. C'est le tiers des effectifs. Une population solidement ancrée dans la région comme le confirme Didier. Depuis 12 ans, il dirige une boulangerie qui emploie 14 salariés et fournit, tous les jours, près de 200 baguettes au 13ème RDP (interview). Et il n'y a pas que ceux qui sont en lien direct avec "le 13". Selon le maire Fernand Lormant, c'est tout le commerce local qui devrait pâtir d'un éventuel départ (interview). Au total, si l'on englobe les familles, femmes et enfants compris, le 13ème RDP représente près de la moitié de la population de Dieuze. Si l'on se fie aux déclarations du maire, plus de la moitié du 13ème RDP souhaite rester. Impossible à vérifier bien sûr, car les militaires sont soumis au devoir de réserve. Ce n'est pas le cas de leurs épouses, femmes au foyer dans leur immense majorité. Et elles sont très partagées. Les locataires semblant moins attachées à Dieuze que les propriétaires, comme cette épouse d'officier installée depuis une quinzaine d'années dans la région, qui a souhaité témoigner en anonyme (interview). Décision officielle le 19 juin. Et pour compenser d'éventuels préjudices économiques, l'Association des maires de France réclame un accompagnement pour les villes "perdantes", même si un dispositif existe déjà. C'est le FRED, fonds pour les restructurations de la défense, en complément d'aides nationales et européennes. "De la poudre aux yeux" selon le maire Fernand Lormant, qui ne veut même pas en entendre parler. Il se dit persuadé : "le 13" ne peut quitter Dieuze (interview). Un reportage de Nour-Eddine Zidane.

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