Des années que François Pinault en rêvait. C'est donc le samedi 22 mai que va ouvrir la Bourse de Commerce - Pinault Collection à Paris. Après 3 ans de travaux, cette ancienne halle au grain a été métamorphosée pour exposer des œuvres de la collection d'art contemporain de l'homme d'affaires.

Bourse de Commerce — Pinault Collection © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, Agence Pierre-Antoine Gatier
Bourse de Commerce — Pinault Collection © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, Agence Pierre-Antoine Gatier © Vladimir Partalo

Depuis ses déboires pour s’implanter sur l’île Seguin, François Pinault n’a cessé de rêver exposer sa collection à Paris. Après avoir conquis Venise avec La Punta Della Dogana et le Palazzo Grassi, le collectionneur, par ailleurs patron de la maison de vente aux enchères Christie's, a fini par concrétiser son rêve : présenter au cœur de Paris sa collection de plus de 10.000 œuvres, exclusivement d’art contemporain : peintures, sculptures, installations vidéo… regroupant près de 400 artistes entre stars et découvertes.

Une impressionnante métamorphose : de la haute couture architecturale 

Un cylindre de béton délimite une rotonde baignée de lumière © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, Agence Pierre-Antoine Gatier
Un cylindre de béton délimite une rotonde baignée de lumière © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, Agence Pierre-Antoine Gatier / Marc Domage

C’est l’architecte japonais surdoué Tadao Ando qui a transformé cette ancienne halle au grain, devenue Bourse de Commerce, en musée du XXIe siècle avec un dialogue subtil entre le patrimoine de ce monument classé, et son nouveau visage contemporain.

Le résultat est spectaculaire ! Sous la coupole de 38 mètres de hauteur, Tadao Ando a osé un geste architectural radical. À l’intérieur de ce bâtiment exceptionnel, il a greffé une peau de béton de 9 mètres de haut, un cylindre qui délimite une rotonde baignée de lumière, entre terre et ciel. Ce cylindre de béton permet aussi une circulation fluide entre les espaces : une sorte de rue avec d’anciennes vitrines et l’accès aux étages…

  • Au 1er étage : des salles plus intimistes dédiées à des plus petits formats (exposition de photos pour l’ouverture).
  • Au 2e étage, des salles avec une grande hauteur sous plafond pour des expositions d’œuvres grands formats.

Tout en haut sur la coursive, sous la coupole, on tutoie les 1400 m2 de fresques du XIXe, entièrement restaurées, et qui font le récit des échanges commerciaux en période coloniale, le début de la mondialisation. De vrais faux pigeons plutôt inquiétants semblent y avoir élu domicile : une installation du Maurizio Cattelan, artiste italien aux œuvres provocantes.

10 espaces d’exposition sur 6.800 m² 

La Bourse de Commerce n’aura pas les mêmes objectifs qu’un musée, censé présenter l’art dans toute sa diversité. Elle proposera aux visiteurs, à travers le regard et les choix du collectionneur François Pinault, une expérience avec des œuvres qui questionnent notre temps.

Bourse de Commerce — Pinault Collection © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, Agence Pierre-Antoine Gatier
Bourse de Commerce — Pinault Collection © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, Agence Pierre-Antoine Gatier / Patrick Tourneboeuf

"Ouverture" : thème de la première exposition

Premier choc avec l’installation illusionniste de l’artiste suisse (qui vit aux États-Unis) Urs Fischer.

Au centre de la rotonde, une immense sculpture en marbre ("L’Enlèvement des Sabines"), et disséminés dans l’espace, des fauteuils de bureau, d’avion, chaises en plastique, sièges africains… En fait ce sont des œuvres en cire, de gigantesques bougies très réalistes, qui seront allumées pendant les heures d’ouverture et qui vont donc fondre pendant 6 mois… Une œuvre qui questionne la destruction, l’impermanence avec des œuvres dont la matière première est le temps.

Pour cette exposition, des artistes stars : Martial Raysse avec une toile monumentale hyper colorée d’un carnaval qui dérape ; des photos de Cindy Sherman, Richard Prince, Tatiana Trouvé (des chaises de gardiens de musée abandonnées avec postes de radio et coussins en marbre) ; les hommes en maillot de bain de l’écossais Peter Doig ; Bertrand Lavier et ses "ready –made" conceptuels plein d’humour (le mot "red" écrit au néon distille une lumière bleue) qui perturbe nos sens et nos certitudes.

Mais cette "ouverture" propose aussi des artistes moins connus du grand public et qui ouvrent d’autres horizons culturels, d’autres questionnements : les artistes africains-américains Kerry James Marshall (impressionnante présence d’un couple noir dans sa chambre avec cette phrase sur le mur "What a Woman ?") et David Hammons, grande figure du Black Arts Movement. C’est sa première exposition aussi importante, avec 30 œuvres engagées dans la dénonciation de toutes les discriminations : l’artiste nous propose de rentrer dans une cellule de prison du couloir de la mort de la prison de Saint Quentin en Californie, où les Noirs représentent la très grande majorité des condamnés. Saisissant.

Après les fondations Cartier, puis Vuitton, ce nouveau temple de l’art contemporain pour la collection du milliardaire François Pinault, incarne la puissance de l’industrie du luxe et de la finance sur la scène culturelle parisienne. Il devrait aussi contribuer à renforcer la place artistique de Paris au niveau international.

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